Cadre à temps partiel

Une formule gagnant-gagnant ?
Année 2006 - Revue n°420-421

Et s’il était possible de doser son investissement en fonction des contraintes personnelles et des choix de vie ? Le monde des PME, souvent décrié par les cadres pour sa difficulté à offrir des carrières, peut ici se révéler plus accueillant et plus ouvert que celui des grandes entreprises. Non par pure générosité, mais du fait de ses propres contraintes, comme le montre ce témoignage.

Ingénieur généraliste de formation, je suis sorti de l’école en 1984 pour commencer une carrière dans une SSII parisienne, où j’ai pu faire l’apprentissage de l’informatique de gestion… et découvrir un modèle d’entreprise où l’on ne compte pas son temps : le client est roi !

Un parcours

Ce sont aussi des sociétés où l’on ne reste pas très longtemps. Deux ans plus tard, désireux de me rapprocher du monde industriel, j’intègre une PMI du secteur de la fabrication mécanique à Marne-la-Vallée. J’y passerai cinq ans comme responsable informatique, en charge de la mise en œuvre de progiciels de gestion. Décidant d’intégrer une structure plus importante, je rejoins ensuite le groupe Pechiney, comme responsable de projets. Je travaille sur des progiciels de gestion intégrés dans les domaines production / achat / stocks pour les unités françaises et étrangères du groupe. Dans cette séquence professionnelle, j’ai l’occasion de travailler avec différents outils et sur différents domaines, parmi lesquels le service après-vente ; une bonne formation, en somme, qui complète mon expérience. Recruté en 1999 comme responsable du domaine informatique Gestion et International d’un groupe agroalimentaire, je fais l’expérience d’une structure coopérative pour la gestion des apports de lait (16 000 producteurs) avec des marques phares : Yoplait, Candia, les Fromageries Richemont.

C’est en 2003 que mon épouse, qui travaille pour une grande entreprise publique, se voit offrir une belle opportunité à Strasbourg. Cela n’arrive pas par hasard, nous avons depuis quelque temps déjà l’envie de découvrir une vie professionnelle en province. Pour l’un comme pour l’autre, cet éloignement de la vie parisienne va de pair avec l’envie de prendre un peu de champ. Il y a aussi en jeu l’intégration de nos enfants (7 et 10 ans). Pour elle, cela passe par une prise de fonction progressive ; pour moi, cela sera le choix de travailler à temps partiel.

J’ai le temps de préparer mon arrivée en Alsace, avec un travail via un réseau de fournisseurs de solutions informatiques implantés chez Pechiney. Arrivé pour la rentrée des classes, je commence à rechercher activement un emploi en octobre.

Cela passe par des contacts avec des associations locales d’assistance aux cadres en recherche (Mission cadre emploi), des institutionnels (Apec) et des associations d’entreprises locales ou des syndicats (Medef). Mais c’est en fait de mon intégration dans la vie associative locale (parents d’élèves), préparée depuis Paris, que viendra mon premier contact avec mon futur employeur. Après différents entretiens, je suis embauché en mars, en CDD… et à temps partiel.

Temps partiel

Pourquoi ai-je été embauché ? Des difficultés dans la mise en place d’un progiciel de gestion intégré, aussi bien internes (utilisateurs mécontents) qu’externes (une société de service ayant subi un dépôt de bilan, une reprise et de nombreux départs de consultants) ont conduit l’entreprise à rechercher une compétence PGI / PME, un profil relativement rare en dehors du monde des consultants.

La contrainte budgétaire forte (il n’y avait pas de budget prévu) et ma propre demande d’un niveau de salaire en liaison avec mon expérience ne sont pas incompatibles, le temps partiel apparaissant ici comme une bonne solution. Les PME ont besoin de compétences mais ne peuvent pas forcément se les offrir ; dans ce cas particulier, mes contraintes personnelles (avoir du temps pour l’intégration des enfants) et celles de l’entreprise se rencontrent. La rencontre s’est d’ailleurs révélée fructueuse et durable : mon CDD a été renouvelé une fois pour arriver à un total de douze mois avant d’être transformé en CDI. Aujourd’hui, je travaille trois jours par semaine, ce qui suppose quelques règles : ce sont des jours fixes, afin de fournir un planning de présence simple et lisible par les clients internes. Fin 2005, le projet d’installation d’un progiciel de gestion intégré en Suisse a requis un peu de travail en plus, ce qui s’est traduit par une journée hebdomadaire supplémentaire.

Ces solutions correspondent à mes besoins ; elles sont cependant difficiles à suivre, en raison des surcharges fréquentes dans les projets à gérer. J’observe qu’il n’y a pas eu de rejet de la part des différents acteurs de l’entreprise ; ce qui s’explique par le fait qu’il s’agisse d’un poste de type « service », avec des missions sur plusieurs sites, et donc jamais 100% de présence. Par ailleurs, une vraie confiance de la direction générale et des ressources humaines était nécessaire.

En revanche, lors d’un contact pour un poste équivalent dans un groupe mondial avec une implantation en Alsace, on m’a bien fait comprendre qu’il n’y avait dans ce groupe aucun cadre en temps partiel. Question de besoin, ou de culture d’entreprise ? Le monde des PME, du fait de ses contraintes particulières notamment en matière de budget, me semble donc plus accueillant envers des emplois du temps atypiques.

Par la suite, je souhaiterais d’ailleurs continuer à explorer cette formule, en partageant mon temps entre plusieurs entreprises. Je peux le devenir en étant dans chacune salarié à temps partiel. La formule du professionnel autonome est aussi une possibilité, mais je me sens mieux dans le salariat. Il y a aussi le portage salarial et les groupements d’employeurs.

On m’a enfin parlé d’entreprises qui proposent aux PME de la délégation de cadres à temps partagé pour leurs fonctions de support. Par exemple, la direction financière, l’assistance dans la restructuration, le montage d’un dossier destiné aux partenaires bancaires pour obtenir un moyen terme. Leurs clients sont des entreprises d’une quarantaine de personnes, une taille critique pour des sociétés concentrées sur leur cœur de métier et qui, en général, ne disposent pas des ressources suffisantes pour assumer la charge d’un responsable informatique, d’un responsable qualité ou d’un DRH. Dans la plupart des cas, c’est le DG lui-même qui coiffe ces différentes casquettes ; plutôt que de faire appel dans l’urgence à des prestataires qui ne connaissent pas forcément bien la situation, un cadre en temps partagé peut être la bonne solution pour ces entreprises. Et pour les cadres, cela peut être une façon différente de gérer leur temps et de doser leur investissement.

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