Entretien avec Marc Szabo Le rôle des institutions représentatives du personnel

De la difficulté d’alerter
Année 2010 - Revue n°439

Dans une entreprise, les conditions de test des automates de vente contre le vandalisme étaient dangereuses. Le CHSCT a joué un rôle déterminant en pointant les conditions de travail anormales d’un ingénieur. Cette institution a donné l’alerte, et a préconisé des solutions concrètes pour éviter que des accidents ne se produisent. C’est cependant hélas un accident du travail qui pousse finalement la direction à mettre en place toutes les recommandations du CHSCT.

Tout commence autour du cas d’un ingénieur qui travaille dans des conditions anormales…

Nous fabriquons des automates de vente, comme des bornes de paiement pour les parkings, toutes machines qui doivent être sécurisées. Or, il y a quelques années, une vague de vandalisme a eu lieu sur les machines. Notre société suivait déjà à l’époque nos normes de sécurité imposées aux coffres forts. Mais elle a décidé à la suite de cette vague de vandalisme de tester de façon draconienne toutes les machines qu’elle met sur le marché en reproduisant des attaques réelles avec plusieurs types d’outil utilisés lors des actes de vandalisme ou de vol : par exemple des marteaux, des pieds de biche, des chalumeaux, des disqueuses ou des perforateurs.

Ces tests sont bien sûr dangereux. Ils ont pourtant été lancés sans qu’aucune mesure de prévention des risques n’ait été mise en place.

Concrètement, l’ingénieur qui avait conçu les machines les testait ensuite. C’est ainsi que nous procédons ici : l’ingénieur ou le chef de projet suit la machine de sa conception à sa mise sur le marché.

Voilà comment se déroulaient les tests. L’ingénieur devait d’abord se débrouiller tout seul, sans l’aide d’aucune machine, pour sortir l’appareil à tester (appareil qui peut peser 100 kilos) à l’extérieur. Les tests étaient alors effectués dans une zone inadaptée, en extérieur et donc soumise à des contraintes climatiques qui peuvent entraîner une perte de dextérité ou de concentration lorsqu’il fait froid ou qu’il pleut.

Cette zone était par ailleurs partagée avec celle des tests d’arrosage, exercice qui crée un écoulement d’eau constant et donc un risque d’électrocution et de chute.

Ces tests étaient longs et fréquents. Les plus poussés d’entre eux consistaient à tester durant au moins 20 minutes la résistance du produit à une attaque donnée (par exemple 20 minutes de perçage, de coups de marteau ou d’effraction au pied de biche). Ils devaient avoir lieu tous les 15 jours et dans le cas de tests complets sur une machine, la durée des essais cumulés était d’une heure. Pour finir, l’ingénieur qui effectue ces essais était le plus souvent seul, dans une zone isolée du reste de l’entreprise.

Dès 2008 pourtant, les risques inhérents à ces tests avaient été clairement identifiés dans un document connu de la direction.

Les risques pointés allaient des blessures aux coupures avec des outils, des parties détruites de la machine ou de la tôle. Ils concernaient aussi les chutes dont le risque était aggravé par le verglas ou la pluie gelée. Les risques de lombalgie et de blessures au dos avaient aussi été identifiés, de même que les troubles musculo-squelettiques. Pourtant ce document était resté lettre morte.

C’est alors que le CHSCT donne l’alerte...

En effet. En mai 2009, en tant que secrétaire du CHSCT, j’ai envoyé au directeur de l’établissement une lettre qui contenait des propositions d’actions à mettre en place en reprenant ce document sur l’analyse des risques en zone de tests de vandalisme. Étaient en copie de cette lettre l’inspecteur du travail, la caisse régionale d’assurance maladie et le médecin du travail que nous avions auparavant consultés et qui nous soutenaient dans notre démarche.

Le CHSCT faisait des propositions précises pour limiter les risques liés aux tests de vandalisme.

Nous proposions que les essais soient toujours effectués par deux personnes en même temps. Pour prévenir les risques de lombalgie, nous avions conseillé de mettre en place une aide mécanisée à la manutention (de type palent). En ce qui concerne les TMS et les risques de blessures et de coupures, nous avons demandé une analyse précise du poste par le médecin du travail ainsi qu’une remise aux salariés concernés de gants adaptés à toutes les taches, de pantalons renforcés, d’une veste de protection, d’un masque intégral visage et d’éléments de protection adaptés (anti projections, écrasement...).

Pour éviter les chutes, le CHSCT proposait également de faire les essais dans une zone plus spacieuse avec un périmètre de sécurité autour du produit à tester et de dégager une zone moins encombrée pour éviter de chuter sur le matériel environnant. Nous proposions aussi de faire les essais dans une zone fermée à l’abri des intempéries pour éviter le gel sur le sol.

A l’issue du CHSCT en question, nous avons demandé que soit envoyé un message d’interdiction de la zone. Finalement, c’est le chef de service concerné qui a demandé aux deux ou trois personnes qui effectuaient des tests de ne plus se rendre sur la zone incriminée.

Un accident intervient à ce moment-là...

Oui, car une autre personne, qui n’était pas prévenue, s’est rendue sur la zone pour faire des tests et elle s’est blessée au bras avec une disqueuse.

Il est donc apparu clairement que la consigne était mal passée. On a découvert en plus que le salarié était venu effectuer les tests avec sa propre disqueuse, ce qui pose on s’en doute un vrai problème.

Cet accident a montré l’état de désorganisation de ce poste. Après cet accident, toujours en tant que secrétaire du CHSCT, j’ai mis en demeure le directeur de l’établissement d’interdire fermement l’accès à cette zone en lui envoyant une lettre recommandée avec accusé de réception. C’est ce qui a alors effectivement été fait : devant la zone se trouve maintenant un panneau ZONE FERMEE.

La direction a mis en place une autre zone, plus sécurisée, dans un espace mieux adapté.

Finalement, tout ce que le CHSCT avait proposé a été mis en place par la direction, même si c’est l’accident qui a sans doute provoqué une prise de conscience aigüe du problème. Dans cette histoire, le CHSCT a joué un rôle central : c’est lui qui a donné l’alerte, c’est encore lui qui a donné des solutions concrètes pour éviter que de nouveaux accidents ne se reproduisent. Ces actions ont été déterminantes. Elles montrent bien le rôle déterminant des institutions représentatives du personnel pour alerter les directions en matière de prévention des risques.

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