Entretien avec Thiébaut Weber La CFDT et les jeunes

Le défi du renouvellement
Année 2010 - Revue n°440-441

La CFDT se bat pour une sécurisation du parcours des jeunes, de l’école à l’insertion professionnelle. Elle milite pour l’instauration d’un dispositif « jeune actif » et une extension réelle du RSA aux actifs démunis de moins de 25 ans.

Quelles sont les actions de la CFDT en faveur des jeunes ?

A la CFDT, nous ne voulons pas faire des jeunes actifs des salariés à part. Au contraire, nous souhaitons les considérer comme des salariés comme les autres, même s’il y a bien sûr certaines spécificités liées à l’entrée sur le marché du travail.

Nous revendiquons une sécurisation du parcours des jeunes de l’école à l’insertion professionnelle et à l’emploi. Cette revendication rejoint un concept général de la CFDT : celui de la sécurisation des parcours professionnels pour l’ensemble des actifs.

Concrètement, comme le Syndicat Général de l’Education National-CFDT, nous militons pour une formation initiale qui replace l’élève au cœur du système, un « socle commun » qui garantisse à chacun l’obtention de compétences transversales pendant sa scolarité.

Nous avons aussi à cœur de combler le fossé qui existe aujourd’hui entre la formation initiale et l’insertion professionnelle. Depuis trente ans, la durée de cet entre-deux a considérablement augmenté. Et dans cette période, les jeunes adultes sont exclus de nombreux droits. C’est pour cette raison que nous militons pour l’instauration d’un « dispositif jeune actif » : un accompagnement vers l’activité intimement lié à un revenu permettant un accès à l’autonomie et au logement. Selon nous, ce revenu devrait être financé par la solidarité nationale.

Nous avons déjà obtenu plusieurs avancées dans le domaine de l’insertion professionnelle des jeunes. En janvier 2008, nous avons signé un accord national interprofessionnel sur la modernisation du travail et avons obtenu notamment que les stages soient intégrés dans la période d’essai liée au contrat signé ensuite dans la même entreprise.

En ce qui concerne les stages, nous avons toujours été aux côtés de Génération précaire et nous constatons comme eux que tout ce qui avait été obtenu pas à pas est petit à petit détricoté en ce moment. Peut-être parce que certains ministres, comme Valérie Pécresse, qui avaient beaucoup agi sur la question des stages, sont muets depuis les régionales.

En ce qui concerne la formation, nous avons obtenu la création du Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels (FPSPP) à la fin de l’année 2008. Cette création doit être le premier pas d’un décloisonnement de la politique de formation entre les branches professionnelles. Ce fonds paritaire doit permettre de financer des formations pour donner une seconde chance à tous ceux qui n’en ont pas reçues, ce qui concerne notamment les jeunes.

La Confédération a aussi obtenu dernièrement des avancées pour les jeunes professionnels avec l’assurance chômage. Fin 2008, le seuil du droit au chômage est passé de six à quatre mois. Il faut rappeler qu’on était au moment où la crise donnait ses premiers effets, les personnes les plus touchées étant les actifs en CDD et en intérim. Ce qui nous avait amenés clairement à faire le choix de soutenir les plus jeunes et les plus précaires.

Quels sont aujourd’hui les projets de la CFDT en faveur des jeunes actifs ?

Aujourd’hui, malheureusement, la crise est loin d’être terminée. Et malgré tous les discours, rien n’a changé depuis le début de la crise financière. Quand il y a une petite reprise dans les entreprises, cela ne se traduit pas par des embauches, mais seulement par une hausse des heures supplémentaires défiscalisées. Le fossé entre les salariés « insiders » qui subissent des cadences de travail très difficiles et les actifs « outsiders », salariés précaires aux parcours morcelés, ne s’est pas comblé. Pire, il risque de se creuser davantage.

La génération qui est arrivée sur le marché du travail en 2008 et 2009 risque fort d’être une « génération sacrifiée ». Elle a plus de mal que les précédentes à trouver un emploi et subit depuis la concurrence de la génération 2010, qui elle-même souffre d’une carence d’offres d’emplois.

Nous nous sommes aussi beaucoup mobilisés autour de la question du RSA, pour qu’il soit étendu aux moins de 25 ans (ce qui n’était pas le cas du RMI). Le gouvernement a bien accepté cette extension aux moins de 25 ans, mais il a mis des conditions drastiques à son obtention. Il faut avoir travaillé au moins deux ans sur les trois dernières années avant 25 ans pour y avoir droit, ce qui est en fait très difficile à obtenir. C’est d’ailleurs un comble quand on pense que l’objectif initial du RSA était d’aider les salariés les plus précaires. Le décret d’application de l’extension du RSA aux moins de 25 ans vient de sortir. Nous le remettons clairement en cause en proposant par exemple à nos jeunes adhérents qui souhaitent en bénéficier une aide juridique. Nous sommes prêts à aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme pour obtenir gain de cause.

Enfin, dans le cadre du groupe de travail paritaire sur le logement des jeunes, nous militons pour que tous les Jeunes puissent bénéficier de la Garantie universelle des risques locatifs (GURL). Nous avions demandé aussi que les jeunes bénéficient d’une plus grande place dans l’Action Logement (Participation des Employeurs à l’Effort de Construction, à hauteur de 0,5% aujourd’hui). Enfin, nous avons insisté sur la nécessité de créer des résidences sociales pour les jeunes actifs.

Quelles actions envisage la CFDT pour faire adhérer les jeunes actifs ?

On peut estimer aujourd’hui que 70 000 adhérents seulement ont moins de 35 ans. 21 000 ont moins de 30 ans et 6000 ont moins de 25 ans. Ces chiffres peuvent paraître très faibles, et pourtant la CFDT a plus de jeunes dans ses rangs que n’importe quelle organisation de jeunesse de notre pays. Le problème aujourd’hui, c’est qu’ils sont sous-représentés en pourcentage par rapport à leur poids réel dans la société. Dans les années 70, 34% des délégués aux congrès de la CFDT avaient moins de 30 ans. Au congrès confédéral de 2010, ils étaient moins de 2%. Il y a donc bien un vrai problème.

Aujourd’hui, nous ne voulons pas faire de jeunisme, mais dans dix ans, si rien ne change, plus de la moitié des responsables de la CFDT sera partie à la retraite. Il y a

Ce que nous voulons, c’est permettre aux Jeunes de se saisir de la CFDT et de l’outil syndical qu’elle représente, leur montrer qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils peuvent se battre collectivement dans un engagement syndical émancipateur. Pour changer les règles du marché du travail, l’engagement syndical reste plus que jamais nécessaire. Mais notre syndicalisme doit évoluer comme l’a bien montré Marcel Grignard dans son rapport « Osez le changement ».

Ce qu’il y a de sûr, c’est que pour chercher de jeunes actifs, il faudrait lancer des campagnes d’adhésion organisées entre autres par des militants ou des adhérents de leur âge. Car ce qui marche le mieux pour l’adhésion, c’est l’adhésion par les pairs.

Le plus important aujourd’hui, c’est ainsi de réfléchir aux conditions d’adhésion des Jeunes et d’instaurer une véritable démarche volontariste à l’intérieur de toute l’organisation en direction des jeunes actifs.

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