Histoires de vie

Les jeunes cadres et l’engagement
Année 2004 - Revue n°409

La citoyenneté et l’engagement ne sont pas des concepts nécessairement valorisés dans nos sociétés contemporaines. Dans les médias, ils sont souvent abordés sous des formes peu incitatives. Le monde politique est montré dans son aspect très formel et institutionnel, si ce n’est sous l’angle des scandales et des affaires. Le monde syndical n’est donné à voir que lors de conflits sociaux ou dans ses déchirements internes et externes. Le monde associatif, quant à lui, est rarement abordé. Dans les cursus scolaires et universitaires, la démocratie et la citoyenneté sont le plus souvent présentées dans leurs aspects institutionnels, plus que dans l’encouragement, la valorisation ou l’explication de la participation. Ainsi, il n’est pas rare que des étudiants titulaires d’un diplôme de ressources humaines n’aient jamais rencontré d’organisations syndicales, voire n’aient pas eu de formation sur leur rôle dans le monde du travail. Or, ces jeunes diplômés se voient directement confier des postes d’encadrement ou de responsabilité en « gestion des ressources humaines » alors que leur connaissance des catégories sociales et de milieux autres que les leurs est quasi-inexistante.

Pour les jeunes diplômés, la période de stage constitue également un moment important de prise de contact avec le monde du travail et les organisations syndicales. Ainsi, beaucoup se joue au moment du stage, tant dans la perception du monde du travail que dans son mode d’intégration. La manière dont se déroulent les stages marque incontestablement l’attitude des jeunes dans l’entreprise, lors de leur premier emploi en particulier. Or, si les stages sont conçus comme des périodes de professionnalisation, la précarité de ce statut et la sanction du diplôme conditionnée en partie aux appréciations des responsables de stage dans l’entreprise sont souvent des freins au contact des stagiaires avec les organisations de salariés.

Il faut également prendre en compte la précarité dans laquelle se retrouvent de nombreux jeunes lors de leur entrée dans la vie active, qui contribue à leur distance vis-à-vis des organisations syndicales (peu de droits quand on est dans des emplois précaires, qui ne favorisent pas non plus l’engagement dans la vie de l’entreprise). La mobilité plus fréquente chez les jeunes cadres, mais plus souvent contrainte que choisie, ne favorise pas davantage l’engagement à long cours.

Face à ce constat de carence, la CFDT Cadres a entrepris de réunir depuis décembre 2002, un groupe de travail composé d’une quinzaine de jeunes adhérents cadres de la CFDT. Partant de l’expérience personnelle de ses membres, le groupe s’est donné pour objectif de réfléchir à la question de l’engagement syndical, politique, associatif, sous deux angles différents et complémentaires : le premier met la personne au centre de son questionnement. Il consiste à rechercher les ressorts de l’engagement des jeunes aujourd’hui, ses modalités concrètes quand il parvient à se réaliser et enfin, la reconnaissance de l’engagement en termes d’épanouissement personnel mais aussi comme facteur de déstabilisation au travail, notamment pour les cadres.

Le second propose de faire l’état des lieux des réponses institutionnelles à la demande d’engagement des jeunes : à l’école et à l’université où se fait l’apprentissage de la citoyenneté ; au travail par le biais de l’adhésion syndicale et en société, dans les partis politiques et dans le monde associatif où une distinction devra s’opérer en fonction des différents types d’associations et des modalités d’engagement qu’elles requièrent.

Les ressorts de l’engagement

L’apprentissage de la citoyenneté s’effectue en premier lieu dans le milieu familial et sur les bancs de l’école. Avoir des parents militants peut favoriser l’engagement, dans la mesure où cette forme de citoyenneté « active » est normalisée. Dès le plus jeune âge, on est ainsi encouragé, voire entraîné, par ses parents à participer à des actions collectives : réunions ou manifestations, inscription à des associations de jeunesse. Les formes d’engagement des parents sont souvent reprises par les enfants. C’est le cas d’Isabelle, par exemple, qui nous dit être « tombée dedans » quand elle était petite :

Simon comme Isabelle appartient à cette lignée d’adhérents et de militants CFDT au parcours typique, du délégué de classe à l’adhérent syndical en passant par le militant lycéen et étudiant. L’engagement procède d’une même famille où se côtoient tout à tour UNEF, PS, CFDT, tiers-mondisme, catholicisme social…

Le vécu de l’engagement

Que trouve-t-on derrière la porte ?

Les jeunes cadres du groupe portent un regard critique sur le fonctionnement des syndicats.

A quoi sert d’être syndiqué ?

Quels bénéfices retire-t-on de l’engagement ?

Les freins à l’engagement

Comment concilier carrière et engagement ? Le fait d’être cadre confère, du moins symboliquement, une responsabilité et une position particulières dans les entreprises et les administrations. Il s’agit dès lors de savoir comment concilier éthique personnelle (convictions) et responsabilité professionnelle. L’équilibre est d’autant moins facile à trouver que l’on commence sa vie active. L’engagement et la mobilisation sont rendus difficiles par l’existence d’entraves au syndicalisme de manière générale sur les lieux de travail.

Le fait d’avoir un statut dans la fonction publique peut favoriser l’engagement dans certaines professions en prise avec les problèmes sociaux, à condition de trouver en face l’offre syndicale adéquate :

Les directions d’entreprise ne valorisent pas l’engagement syndical. Elles mettent les cadres devant des conflits de loyauté.

Quant à l’engagement associatif, l’attitude de l’entreprise reste neutre, dans la mesure où cet engagement se déroule en dehors du temps de travail.

Et pour l’avenir ?

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