L’intelligence artificielle, une opportunité professionnelle

Année 2018 - Revue n°479

L’intelligence artificielle présente un enjeu important en termes de développement économique et de transformation des emplois dans quasiment tous les secteurs d’activités. Dans les domaines spécifiques de l’industrie, elle est déjà une réalité avec de plus en plus d’opportunités d’emploi cadre en lien avec les nouvelles compétences recherchées par les entreprises, et les besoins en compétences devraient s’intensifier.

Les applications et les opportunités d’emploi cadre sont de plus en plus nombreuses dans l’intelligence artificielle (IA). Les premières applications de l’IA ont consisté à formaliser sous forme algorithmique des raisonnements formels et modéliser des tâches intellectuelles à partir de règles ou de symboles, avec notamment le développement des premiers systèmes experts dans les années quatre-vingt. Dans le domaine industriel, la robotique, l’automatisation et le contrôle des processus de production ont été précurseurs dans l’IA bien avant les premières applications grand public.

Aujourd’hui, l’IA repose sur des approches connexionnistes qui tentent de reproduire le mode de fonctionnement du cerveau et un entraînement à la reconnaissance qui se nourrit d’immenses corpus de données. Le deep learning et le machine learning, sous-domaines de l’IA, traduisent toute la richesse et le potentiel pour le grand public et les professionnels, sous l’accélération de l’accroissement du volume de données, de la puissance de calcul et de la capacité à les stocker. Par exemple, les activités de e-commerce recourent à l’IA, par le biais d’algorithmes, pour prédire et estimer les commandes en fonction des usages clients.

Si l’on considère l’IA dans le seul domaine industriel, le nombre d’offres d’emploi cadre diffusées par l’Apec a doublé entre 2016 et 2017 pour atteindre près de 2 400 opportunités d’emploi1. Avec le Big Data, l’IA représente environ 10 % des recrutements de cadres dans les métiers de l’informatique et des études-R & D, et cette proportion va augmenter dans les prochaines années. Trois secteurs d’activités constituent les premiers débouchés de l’IA pour les cadres : les services informatiques (pour 40 % des offres), le conseil en entreprise (20 %) et l’ingénierie-R & D (10 %). Les autres acteurs recherchant des compétences et/ou proposant des postes en lien avec l’IA sont l’aéronautique et l’automobile, la banque-finance et l’assurance ou encore les télécommunications.

L’Île-de-France concentre près des deux tiers des opportunités d’emploi cadre devant les régions Auvergne - Rhône-Alpes et Occitanie qui représentent, à elles deux, 16 % des offres émises par les entreprises dans le domaine de l’IA, en lien avec la concentration géographique des entreprises de services - informatique et numérique, conseil et ingénierie - qui travaillent étroitement avec les donneurs d’ordre industriels.

Une formation solide en informatique est un prérequis

Les profils de cadres recherchés différent selon les activités de services recruteuses. Les entreprises de services numériques, qui recrutent majoritairement des développeurs informatiques ou des data scientists / analysts, mettent l’accent sur des compétences techniques fortes en maîtrise des langages (comme Python) et en développement d’applications, mais aussi en connaissance des bases de données (comme Hadoop) qui est souvent exigée. La demande d’une maîtrise de l’IA peut, elle, varier selon les recruteurs et l’environnement de travail du poste à pourvoir. Dans l’ingénierie-R & D, les recruteurs se tournent davantage vers des profils ingénieurs ou docteurs avec une connaissance de l’IA au travers d’une expérience en traitement de l’image et du signal, en cryptographie, en biomécanique ou encore en interaction homme-machine. Quant aux activités de conseil en entreprise, ces dernières privilégient les chefs de projet et les consultants en IA capables d’analyser les données et ayant une bonne connaissance du big data et de l’IA orienté business intelligence.

Dans l’IA comme dans la plupart des domaines à fort degré d’expertise, les compétences, qui ne relèvent pas de savoir-faire technique ou de connaissances métiers, sont nécessaires et exigées par les recruteurs2. D’une part, les compétences transversales les plus citées dans les offres concernent la maîtrise d’une langue étrangère (très souvent l’anglais) ainsi que la gestion de projet et la capacité rédactionnelle. D’autre part, les compétences comportementales les plus évoquées sont la rigueur, l’esprit d’équipe et les capacités relationnelles,

Majoritairement, les entreprises recrutent des cadres expérimentés et la cote des docteurs est plus forte que dans d’autres domaines technologiques. Mais les jeunes diplômés tirent aussi leur épingle du jeu et intéressent les recruteurs grâce à leurs connaissances et aptitudes acquises durant leur cursus d’enseignement supérieur dans des technologies récentes et/ou émergentes.

L’impact de l’IA sur les métiers pourrait être important, même pour les cadres

Interrogés courant 2016 sur la transformation numérique et leur rôle dans l’entreprise3, une grande majorité des cadres se déclaraient résolument optimistes quant aux bénéfices de la transformation dans leur entreprise et leur travail quotidien. Pour les plus réfractaires aux changements et aux mutations, la déshumanisation des relations, l’inflation des processus et l’injonction à l’immédiateté constituaient alors les principales difficultés et craintes exprimées.

S’agissant de l’IA, si elle perçue par les dirigeants et les managers comme un facteur de compétitivité dans tous les secteurs, elle est aussi perçue positivement pour eux-mêmes, leur travail et leur entreprise. En revanche, les salariés sont plus partagés, avec moins d’un sur deux en ayant une perception positive4.

Au-delà du risque de perte de lien social et de questions éthiques liées à la protection des données, les salariés, comme les dirigeants et les managers, sont conscients de l’impact du développement de l’IA sur une baisse éventuelle du volume de travail et d’emploi. S’agissant des cadres du secteur privé, ils sont aussi nombreux à estimer que la transformation numérique va produire de l’emploi dans les années à venir que ceux qui estiment qu’elle va en détruire5. Ces derniers considèrent qu’aucun emploi n’est à l’abri même si, selon eux, il concerne en priorité des postes peu qualifiés.

S’il est complexe à analyser et à mesurer, l’impact humain pourrait être conséquent. Moins de 10 % des emplois existants sont potentiellement menacés de substitution par les nouvelles technologies6, et dans une moindre mesure les emplois qualifiés et les postes de cadres. En parallèle, de nouvelles activités et de nouveaux emplois seront créés sous l’effet de la transformation numérique des entreprises et des nouveaux outils technologiques, en particulier dans l’IA. Aussi, beaucoup de métiers, y compris de cadres, continueront à se transformer. C’est par exemple le cas des emplois, dont les tâches les plus répétitives seront reprises par l’IA, et qui se réorienteront sur des tâches à plus forte valeur relationnelle et qui nécessiteront de nouvelles compétences. C’est tout l’enjeu de l’interaction homme-machine et du « collaborateur augmenté » de demain. Pour la grande majorité des cadres, la transformation numérique va venir modifier le contenu de leur activité professionnelle mais aussi les processus, les méthodes et les missions, en ajoutant de la valeur à leur travail.

De nouvelles organisations du travail se mettent en place et les cadres expriment des besoins forts d’accompagnement

Pour une grande majorité d’entreprises et de cadres, la transformation numérique se traduit déjà par la mise en place de nouvelles technologies, de nouveaux services ou de nouvelles organisations de travail. Celle-ci produit des effets perceptibles sur le quotidien professionnel des cadres, et ce quelle que soit leur fonction. Ainsi, de nombreux cadres ont déjà fait l’expérience des méthodes collaboratives et participatives, en mode projet et via des réseaux d’entreprise ou des communautés de professionnels.

La majorité des cadres insiste sur le fait que la transformation numérique nécessite un accompagnement dans l’emploi et la formation. Il s’agit de se former aux nouveaux outils et aussi de s’adapter aux nouvelles façons de travailler (mode projet…). Un peu plus d’un cadre sur deux déclare éprouver des difficultés à faire son travail ou à accomplir ses tâches en raison des modifications introduites par la transformation numérique. Pour y faire face, les cadres envisagent de suivre, dans les trois prochaines années, des formations en lien avec la transformation numérique, comme par exemple l’apprentissage de nouveaux outils ou l’acquisition de connaissances de nouvelles méthodes, et certains utilisent déjà les outils numériques pour se former et acquérir de nouvelles compétences.

Certains défis s’imposent aux entreprises et aux responsables des Ressources humaines

Les besoins en compétences sont de plus en plus importants dans les domaines directement liés à la transformation numérique et aux nouvelles technologies associées, dont l’IA fait partie, et pour lesquels les entreprises concernées rencontrent de plus en plus de difficultés pour trouver les profils adéquats, compte tenu aussi d’une raréfaction de l’offre de candidats disponibles et mobiles sur le marché. Ces difficultés peuvent aussi être liées au manque de compétences de certains candidats ou à un niveau d’exigence trop élevé de la part des recruteurs. Dans les domaines de l’IA, les entreprises y remédient en renforçant les liens avec le monde de la recherche afin de détecter plus en amont des compétences et des experts dans diverses spécialités comme les mathématiques appliquées, la bio-informatique ou la physique, notamment parmi la population de docteurs.

Pour accompagner la transformation numérique, les entreprises font aussi face à d’autres défis à relever que celui du recrutement, notamment en ce qui concerne la fidélisation des talents, mais aussi l’anticipation des évolutions des emplois et des compétences ou encore l’accompagnement des évolutions du management et de l’organisation du travail. La fonction RH est, elle-même, concernée par les impacts des outils numériques où l’IA pourrait faire évoluer les processus et les méthodes actuelles.

1 : « L’intelligence artificielle : tendance métiers dans l’industrie »- Apec Cési (Projet DEFi & Co), octobre 2018 (avec le concours du Programme d’Investissements d’Avenir).

2 : « L’importance des soft skills : tendance métiers dans l’industrie et le bâtiment »- Apec Cesi (Projet DEFi & Co), juin 2017 (avec le concours du Programme d’Investissements d’Avenir).

3 : « Cadres et entreprises : regards croisés sur la transformation du rôle des cadres », Apec / Elabe, déc. 2016.

4 : « Intelligence artificielle et capital humain : quels défis pour les entreprises ? », The Boston Consulting Group (BCG) / Malakoff Médéric, mars 2018.

5 : « La transformation numérique : regards de cadres de l’industrie et de la construction »- Apec Cesi (Projet DEFi & Co), juin 2017 (avec le concours du Programme d’Investissements d’Avenir).

6 : « Automatisation, numérisation et emploi », Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE), 2017.

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