Le cadre intermédiaire entre terrain et gestion

Année 2018 - Revue n°476

Le Céreq a étudié les formes d’accompagnement des cadres intermédiaires dans le milieu social et médico-social, plus spécifiquement concernant les « chefs de service » : leur accueil, intégration et prise de fonction.

Ceux-ci exercent une responsabilité de direction « intermédiaire ». Ils ont pour mission principale d’encadrer une ou plusieurs équipes (organisation du travail, programmation des activités d’un service, etc.), de gérer et coordonner les actions de leur service orientées vers des usagers (projets menés par l’établissement, etc.)1. La fonction évolue grandement depuis quelques années déjà. On passe d’une fonction de terrain à une fonction de gestion.

Le chef de service tient une place importante dans l’élaboration de solutions en réponse aux besoins des usagers en contribuant à identifier et à analyser ces besoins, et en tenant compte du projet de la structure. Il joue également un rôle prépondérant en termes d’organisation du travail au sein de son service (gestion des moyens et ressources : techniques, financières, humaines, etc. ; organisation, animation de réunions ; suivi des activités et des projets ; planification des activités et des moyens, contrôle et reporting, etc.). Du point de vue des directeurs de structures, le chef de service a un rôle majeur. Il « est pleinement animateur de son service. C’est lui qui est référent du service dont il a la charge. Donc, c’est l’élément dynamique. Il est la personne qui va impulser, qui va motiver, qui va être porteur du projet, de la mission qui incombe au service même ».

Au sein d’un établissement (secteurs privé, lucratif ou non lucratif, secteur public) et en tant que cadre intermédiaire agissant à l’interface entre sa direction et ses équipes, le chef de service travaille en relation avec chacun de ses collaborateurs pour assurer le développement des activités sociales, médico-sociales ou éducatives de son service/ structure. Il est également en contact avec les publics-résidents accueillis au sein de son service et leurs familles, ainsi qu’avec les partenaires extérieurs, professionnels hors structure, dès que cela est nécessaire (partenariat institutionnel ou opérationnel, etc.). D’un point de vue pédagogique, il peut également être amené à accueillir, encadrer et accompagner des salariés en cours d’emploi, ainsi que des étudiants stagiaires.

Sous la responsabilité d’un directeur et d’un directeur adjoint, la fonction s’exerce au sein de différents types d’établissements. Cela implique, de fait, une diversité des profils des publics accueillis et accompagnés : enfants et/ou jeunes adultes rencontrant des difficultés sociales et familiales, travailleurs handicapés, etc. Derrière cette pluralité d’activités des structures, on trouve aussi des réseaux incluant divers partenariats (services départementaux des conseils généraux, services sociaux, établissements scolaires, associations de parents, etc.).

Concernant les conditions de travail, elles diffèrent également, compte tenu des missions des établissements : par exemple, les chefs de service intervenant au sein d’établissements gérant des foyers d’hébergement, se voient confier des activités d’astreinte qui les conduisent, notamment la nuit, à adopter des horaires de travail flexibles. Ou encore, s’ils ont sous leur responsabilité plusieurs services, localisés sur des sites différents, ils seront alors amenés à se déplacer en véhicule afin d’assurer une proximité auprès de leurs équipes […].

Les exigences liées à l’exercice de la fonction sont de trois ordres :

C’est donc bien un cadre intermédiaire, futur directeur, qu’il s’agit de promouvoir et non un chef d’équipe au sens commun du terme. Ici, la notion d’exigence prend alors toute son importance dans un environnement propice au changement et dans lequel les établissements sont « tirés vers le haut ». Dans certaines organisations, l’encadrement intermédiaire est ainsi mobilisé dans le cadre de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, mise en œuvre selon un modèle participatif de groupes de travail, ce qui conduit les chefs de service à être extrêmement mobilisés, sollicités et actifs : « Cela donne un corpus de références commun » […].

Les pratiques et modalités d’accompagnement des cadres intermédiaires nouvellement recrutés sont décrites et analysées en intégrant les rôles et les visions des trois acteurs qui interviennent prioritairement dans ce processus : les directeurs, les directeurs adjoints et les cadres intermédiaires en place. L’accueil et l’intégration d’un nouveau chef de service s’organisent ainsi sous la conduite du directeur, attaché à fixer des objectifs et à contrôler les compétences et les résultats atteints. L’accueil et l’intégration se réalisent également sous le regard du directeur adjoint qui privilégie l’opérationnalité et la mise en œuvre, et se focalisent sur le volet « accompagnement » du salarié durant sa période d’essai, voire même au-delà, en cours d’emploi. Enfin, les chefs de service en poste sont également parties prenantes de la démarche, en aidant leur nouveau collègue à accéder à une meilleure maîtrise des situations complexes.

Au final, il ne s’avère pas simple pour ces nouveaux chefs de service de quantifier le temps requis pour maîtriser les subtilités liées à l’exercice de leur fonction, tout particulièrement s’il s’agit de personnes qui ont été recrutées en externe et non en interne. Cependant, même si cela est difficile au départ, la plupart parviennent à trouver progressivement un juste équilibre dans leur travail. La confiance et la liberté qui leur sont accordées dans l’exercice de certaines tâches leur procurent notamment une grande satisfaction.

D’un point de vue prospectif, les cadres intermédiaires seront de plus en plus amenés à participer au management de projet et devront être capables de mobiliser leurs équipes sur des évolutions professionnelles liées aux transformations fréquentes des politiques publiques et des modes de financement des secteurs social et médico-social. Les enjeux politiques et pratiques autour de l’accueil et de l’intégration des nouveaux cadres seront dans ce contexte d’autant plus à l’ordre du jour.

1 : Samira Mahlaoui, « La fabrique des cadres au sein des organisations du travail social. Modalités d’intégration et de professionnalisation », Céreq, Notes Emploi Formation n°51, janv. 2015. Les références des citations sont dans le document original.

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