Le syndicalisme, un avenir en Europe 40 ans d’histoire sociale...

Année 2017 - Revue n°472

Le syndicalisme européen a-t-il un avenir ? Il serait instructif de s’interroger sur ce qu’aurait pu être l’Europe aujourd’hui sans l’action menée par la Confédération européenne des syndicat (CES), ses affiliés et ses alliés politiques depuis quarante ans.

Sous l’énorme pression des multinationales, le projet de directive Vredeling sur la consultation des travailleurs dans les groupes d’entreprises aurait-il jamais abouti ? Sans les syndicats et leurs alliés politiques, il est probable que l’idée de créer des comités d’entreprise européens aurait été enterrée définitivement dès les années quatre-vingt, et avec elle toute perspective de voir les salariés des différentes filiales des grandes entreprises recevoir la moindre information sur l’avenir de leur emploi. Seront-ils licenciés demain, même si la société est performante [...] ?

Sans les syndicats et leurs alliés, où en serait la politique de santé et de sécurité sur les lieux du travail ? Protection contre les produits chimiques, contre les risques liés à l’amiante, contre les accidents professionnels et les maladies liées à l’environnement de travail… [...] La situation des entreprises occidentales ou sous-traitantes dans les pays d’Asie donne un aperçu de ce qui se fait en l’absence d’interlocuteurs syndicaux représentatifs, puissants et déterminés [...]. Pourquoi tant de grands employeurs, y compris européens, ne se préoccupent-ils pas spontanément, ou si peu, des conditions de travail de leurs sous-traitants ?

Par définition, sans syndicats, le dialogue social européen n’existerait pas. En son absence, la Commission, le Parlement et les gouvernements des États membres seraient-ils parvenus à un accord politique pour, par exemple, généraliser l’octroi d’un congé parental de quatre mois à tous les salariés européens jeunes parents ? Seraient-ils parvenus à un accord politique pour empêcher la multiplication des emplois jetables ? Sans syndicats, comment les systèmes de sécurité sociale auraient-ils résisté à l’offensive de privatisation, lancée à partir des années quatre-vingt par l’industrie financière et relayée par une partie du monde politique [...] ?

En revanche, sans syndicats, la directive Bolkestein aurait été sans doute adoptée telle quelle ; transformant fondamentalement le sens du projet européen. Celui-ci, fondé à l’origine sur la cohésion et la notion de prospérité partagée, se serait transformé en un projet de concurrence économique, de compétition salariale, d’affrontements entre travailleurs et finalement entre peuples, sur la base duquel aucune construction politique durable ne serait encore possible. La tendance à cette transformation du projet européen est malheureusement toujours d’actualité. Face aux disparités économiques et sociales croissantes dans une Union européenne de plus en plus large, les autorités politiques semblent avoir renoncé au projet de « développement harmonieux » de l’économie par la réduction des écarts entre les différentes régions, un objectif inscrit dans le traité de Rome.

Sans syndicats, qui aurait entendu parler, en Europe occidentale, des chantiers navals de Gdansk à l’époque du Rideau de fer, et de la colère des travailleurs qui y étaient employés ? Comment cette colère se serait-elle exprimée autrement ? [...] Aucune avancée, a fortiori au niveau européen, n’a jamais été obtenue sans la détermination d’acteurs organisés, légitimes, et décidés à défendre les droits des plus faibles et de ceux qui n’ont que la force de leur travail pour vivre (ou ne l’ont même plus, en raison de l’âge, d’une maladie ou d’un handicap, mais peuvent, grâce aux systèmes de solidarité, s’émanciper des « marchés autorégulateurs »). […] En 2023, la CES célébrera ses cinquante ans. D’ici là, il faudra négocier une sortie par le haut de la crise européenne. Ce qui signifie : un plan de relance européen, une lutte contre le dumping fiscal et salarial par une meilleure coordination des politiques fiscales – y compris harmonisation de l’assiette de l’impôt des sociétés et de ses taux –, une lutte contre les paradis fiscaux, le renversement de la tendance à l’accroissement des inégalités par une consolidation des systèmes de sécurité sociale, la promotion de la transition verte, les technologies climatiques, les énergies et les ressources renouvelables, la durabilité des produits, la promotion de systèmes de transports écologiques et des circuits courts, l’investissement dans les logements de demain… Dans cette perspective, le syndicalisme est un acteur collectif prêt à aider l’Europe à reprendre son destin en mains.

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