Les écoles de service public : partager des valeurs professionnelles

Année 2015 - Revue n°464

Brigitte Jumel, secrétaire générale de l’Uffa-CFDT, nous rappelle la diversité des écoles et instituts de formation spécialisés qui signent une singularité française à articuler accès au professionnel et promotion du service public.

On les appelle école ou institut mais la plupart d’entre elles ne délivrent pas de diplôme. On les dit généralistes quand elles préparent aux métiers de l’administration générale comme l’Ecole nationale d’administration ou les Instituts régionaux d’administration ou encore l’Institut national des études territoriales. Elles sont également spécialisées quand elles ciblent les formations dispensées sur un métier ou un groupe de métiers comme l’Ecole nationale des douanes, l’Ecole nationale des services vétérinaires ou encore l’Ecole nationale de la protection judiciaire de la jeunesse… Elles peuvent être interministérielles ou ministérielles selon la nature de leur recrutement. Ou prennent la forme d’un établissement public où siègent les organisations syndicales.

A cette énumération fort incomplète, on mesure la difficulté qu’il y aurait à prétendre cerner l’ensemble du sujet. Mais par-delà leur différence, ces écoles ont une vocation commune : celle d’assurer la formation initiale et continue des futurs cadres et techniciens des trois versants de la fonction publique. Et à ce titre, elles occupent une place à part dans l’enseignement professionnel post-universitaire. Elles accueillent principalement des fonctionnaires stagiaires recrutés par la voie d’un concours qui seront titularisés à l’issue de leur période de formation. Quelle que soit la durée de cette période de formation - souvent comprise entre un et deux ans - l’architecture modulaire fait alterner périodes en centre et périodes de stages en situation, les évaluations des unes et des autres contribuant à la validation de la formation et donc à la titularisation. Et les enseignements sont presque exclusivement dispensés par des professionnels.

Avec l’évolution de la culture du service public, les réponses en termes de formation se diversifient. Les valeurs deviennent objet de formation. C’est ainsi que les 39 écoles du réseau des écoles de service public ont adopté une charte dans laquelle elles réaffirment le rôle qu’elles ont à jouer dans la sensibilisation et la mobilisation des valeurs fondamentales que sont la neutralité, le respect, la loyauté et l’engagement responsable. Les écoles s’ouvrent sur l’international - accueil d’étudiants étrangers ou coopération avec leurs équivalentes en Europe ou hors d’Europe - et s’ouvrent à la recherche. Dans ce cadre, elles se rapprochent des universités et concluent des partenariats pour permettre à leurs stagiaires d’acquérir un nouveau diplôme, voire un doctorat.

La formation aux pratiques managériales publiques se développe dans la plupart des écoles. Encore limitée dans ses contenus, cette ouverture sur le management et sur son impact sur la qualité de vie au travail de tous les agents est une opportunité pour le service public. Dans les accords qu’elle a signés sur la rénovation du dialogue social, la CFDT a fait une priorité de la formation de l’encadrement à ces thématiques et c’est bien aux écoles de service public qu’il revient de la prendre en charge. Les écoles de service public ont un rôle particulier à jouer dans l’attractivité de la fonction publique et dans l’égal accès de tous aux métiers qu’elle propose. Elles doivent en premier lieu favoriser l’égalité professionnelle, qu’il s’agisse du recrutement des stagiaires ou de l’organisation de la formation qui aujourd’hui pénalise encore trop souvent les femmes et les conduit à renoncer aux promotions. Plusieurs écoles de service public ont déjà mis en place des classes préparatoires intégrées, destinées à aider des étudiants recrutés sur critères sociaux à préparer les concours en leur apportant un soutien pédagogique, un appui financier et la compétence d’un tuteur. La prise en compte de la diversité doit aussi concerner les publics accueillis. Issus du concours externe, du concours interne ou du troisième concours, les stagiaires aspirent à un traitement différencié et à l’individualisation des formations.

L’avenir de ces écoles repose sur un meilleur équilibre entre formation initiale et formation continue. Problème démographique aigu, évolution des missions, déroulement de carrière des agents, la fonction publique doit faire jouer à la formation continue un rôle important. Les écoles sont un maillon essentiel du dispositif. Diverses dans leurs structures et dans leurs orientations, elles ont un challenge à relever, celui de la modernisation de la fonction publique. C’est un challenge dans lequel la CFDT entend s’impliquer.

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