Monter en responsabilités : un choix individuel et des appuis collectifs

Année 2015 - Revue n°464

Ingénieur, Aurélie Danilo est devenue directrice d’hôpital à la suite de choix personnels, d’appuis de son employeur et de parcours de formations. Récit.

J’ai occupé des fonctions d’ingénieur qualité à l’hôpital durant sept ans, à une époque où émergeaient les démarches qualité dans les hôpitaux sous l’impulsion de la certification des établissements de santé. Du fait de la professionnalisation des postes de qualiticiens, j’ai pu accumuler des expériences variées, aussi bien dans des hôpitaux généraux que psychiatriques, toujours publics. Mes fonctions d’encadrement supérieur m’ont amenée à toujours occuper des postes d’adjointe d’un cadre de direction.

Cette position d’observatrice privilégiée du métier de directeur d’hôpital m’a donné l’envie de passer du rôle d’assistant et de conseiller à celui de décideur. J’étais contractuelle et je me préoccupais d’intégrer la Fonction publique hospitalière (FPH). Quand la direction de mon établissement a accepté de m’accompagner dans un projet de promotion professionnelle, je n’ai pas hésité à saisir l’opportunité.

L’hôpital m’a financé une formation afin de présenter le concours d’entrée au cycle de préparation au concours interne des corps de direction de la FPH. J’ai ainsi pu acquérir les bases méthodologiques des épreuves du concours que je n’avais jamais eu l’occasion de pratiquer lors de mes études à caractère majoritairement scientifique. Cette remise à niveau m’a permis d’intégrer sans difficulté le cycle préparatoire à l’Ecole des hautes études en santé publique, me donnant la possibilité, dans le cadre d’un congé de formation professionnelle, de préparer à temps plein les concours de direction de la FPH. Cette formation était le seul moyen d’atteindre le niveau attendu : n’ayant aucun bagage universitaire adapté aux concours de la haute fonction publique, il m’a fallu combler de nombreuses lacunes. Grâce à cette formule intensive, j’ai réussi le concours de directeur d’hôpital et intégré un nouveau cycle de formation qui réunit lui l’ensemble des lauréats aux concours externe et interne.

Pour les agents publics (fonctionnaires ou non), la durée du cycle préparatoire varie en fonction du niveau d’études (six mois pour les titulaires d’une licence, un an pour les autres). La formation nécessite un investissement personnel important pour des professionnels intégrés depuis longtemps dans la vie active, engendrant des contraintes familiales et financières. Devant les difficultés d’accès au concours externe, on observe que les « faux internes » deviennent les plus nombreux dans les rangs du cycle préparatoire aux concours internes. Ces personnels jeunes, qualifiés (la plupart sont titulaires d’un master 2), accèdent au cycle préparatoire après une première expérience professionnelle, souvent comme contractuels. Cela engendre une diminution notable des possibilités d’accès aux fonctions de direction de certaines catégories professionnelles traditionnellement représentées, comme les infirmiers.

Ayant eu la chance d’être accompagnée par mes supérieurs hiérarchiques, je souhaite transmettre mon expérience à des agents qui sont dans la même envie d’évolution que celle que j’ai pu connaître. Je travaille auprès d’un chef d’établissement qui a à cœur d’encourager ses collaborateurs dans leurs démarches de promotion professionnelle. C’est tout naturellement, du fait de mon parcours récent qu’il m’a demandé de « coacher » ces professionnels. L’école m’a ainsi sollicitée pour participer au tutorat des élèves en cycle préparatoire et c’est avec beaucoup de plaisir que je les soutiens dans leur ascension professionnelle, notamment en les guidant sur la voie du changement de position, une étape parfois délicate quand on a un métier avec une identité professionnelle dont il faut faire le deuil. Je retrouve chez la majorité des postulants que j’accompagne le désir d’accéder à des fonctions directoriales. Ce qui résulte d’une envie d’exercer un haut niveau de responsabilité avec comme préoccupation majeure le service de l’intérêt général. Cela relève tout à la fois de l’émancipation et de l’ambition, donc du défi personnel que les « internes » cherchent à relever en passant un concours auquel ils n’étaient a priori pas destinés.

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