Point de vue international

Année 2012 - Revue n°449

Uni Europa Global Union dépend de Uni Global Union, une organisation syndicale internationale regroupant près de 900 organisations syndicales à travers le monde et 20 millions d’adhérents. Elle a publié en 2008 un rapport, financé par la commission européenne, sur les relations sociales et le dialogue social dans le monde du Web 2.0, dont voici quelques extraits.

En général, les syndicats n’ont pas surfé sur la première vague d’innovations du web. Néanmoins, il existe déjà un nombre croissant d’exemples d’utilisations créatives et novatrices des outils du Web 2.0 par des syndicats. Ce qui manque peut-être, c’est la généralisation de ces bonnes pratiques dans le mouvement syndical.

Quelques bonnes pratiques de syndicats dans le monde

Il existe quelques exemples intéressants de syndicats qui intègrent des éléments de réseaux sociaux en ligne dans leur travail. En Suède, par exemple, Unionen autorise ses membres à personnaliser le site web du syndicat, afin de pouvoir être tenus au courant, par exemple, des matières concernant leur propre domaine professionnel et leurs structures syndicales régionales et locales.

Le GPA-DJP (Autriche) est allé un pas plus loin. Faisant œuvre de pionnier, il a lancé il y a plusieurs années un ensemble de groupes d’intérêts en ligne (www.interesse.at) auxquels ses membres peuvent se joindre sur base volontaire. Ces communautés d’affiliés en ligne ont été créées pour les cadres (work@professional), les indépendants (work@flex), les travailleurs des TI (work@IT), les travailleurs du secteur de l’éducation (work@education), les expatriés (work@external) et les travailleurs immigrés (work@migration). Ces groupes d’intérêts ont un rôle officiel à jouer dans les structures du syndicat.

Des initiatives telles que celles du GPA-DJP sont centrées sur les sites web des syndicats mêmes. Ailleurs, des syndicats ont exploré la possibilité d’utiliser les sites généraux de réseaux sociaux, tels que Facebook. Dans plusieurs cas, ces initiatives ont fait partie d’une stratégie visant à atteindre et recruter de jeunes travailleurs. En Espagne, par exemple, l’UGT d’Estrémadure a créé en juillet 2008 son propre profil sur Facebook et sur le site Tuente en langue espagnole, en vue de renseigner les jeunes sur les activités du syndicat et de les encourager à participer au travail du syndicat. Une motivation similaire a présidé à la décision prise en 2007 par l’Australian Workers Union d’avoir une présence sur Facebook et d’encourager ses membres à ajouter un badge « Proud AWU supporter » [Fier de soutenir AWU] à leur propre profil.

Au Canada, le syndicat du textile et de la restauration Unite Here utilise aussi Facebook. D’après Mike Thomas, un affilié d’Alberta, Canada, Facebook a ouvert de nouvelles opportunités pour le travail avec la base. « Nous nous organisons sur Facebook au sein de notre syndicat... Vu la façon dont le gouvernement s’emploie à tenter de nous détruire, nous avons besoin d’un moyen de nous réunir. Et c’est ce que Facebook nous permet de faire, sans que nous ne devions avoir une infrastructure. »1

Les services de réseaux sociaux tels que Facebook peuvent être utilisés comme outil de mobilisation, par exemple pendant des conflits sociaux. Aux États-Unis, la Writers Guild of America a lancé une campagne sur Facebook pour inviter d’autres utilisateurs de Facebook à soutenir publiquement la grève des scénaristes de Hollywood de 2007. La campagne entamée le 26 novembre avec seulement quinze approbations a rapidement gagné du terrain pour atteindre mille marques de soutien au 28 novembre, cinq mille au 16 décembre et dix mille le 26 janvier.2

Le syndicat de la finance Comfia-Ccoo en Espagne a aussi utilisé Facebook avec succès pour mobiliser plusieurs milliers de personnes pendant une campagne visant à améliorer les conditions d’emploi dans le télémarketing3.

Les syndicats peuvent aussi utiliser d’autres outils du Web 2.0. Ainsi, le syndicat mondial du secteur du transport ITF a utilisé Flickr dans le cadre de sa campagne pour libérer un syndicaliste iranien, Mansour Osanloo. ITF a encouragé les gens à envoyer des photos d’eux-mêmes portant un badge « Free Osanloo » comme preuve visuelle de leur soutien à cette campagne.

Le message général qui ressort de tous ces exemples, c’est le besoin pour les syndicats d’essayer les nouveaux outils du Web 2.0 qui apparaissent. John Wood, de la confédération syndicale britannique, a déclaré à propos de Second Life en particulier : « Les gens travaillent déjà dans des équipes virtuelles, que ce soit chez eux ou dans différents pays. Vu la diminution du travail présentiel dans les entreprises, celles-ci vont de plus en plus considérer les mondes virtuels comme un moyen de créer un lien et une familiarité entre les travailleurs. Si les entreprises empruntent cette voie, les syndicats devraient leur emboîter le pas. C’est pourquoi nous pensons qu’il est important de s’y mettre tôt. Ce n’est toutefois pas un projet avec un plan spécifique. Il s’agit d’examiner le potentiel, de rassembler les ressources. Le coût est très minime, n’importe qui peut essayer ces outils et nous pouvons tous apprendre ensemble. »4

Vers des syndicats 2.0

Si les syndicats n’existaient pas encore, il y a tout lieu de croire que la génération actuelle de travailleurs se réunirait pour créer des organisations destinées à défendre ses intérêts collectifs partagés. Mais les travailleurs d’aujourd’hui, en particulier les jeunes, recourraient certainement à de nouvelles méthodes pour s’atteler à ce processus. Au lieu de créer des structures syndicales centrées sur des réunions présentielles sur les lieux de travail ou dans des bureaux locaux de villes, ils utiliseraient le web pour construire des réseaux, lancer des campagnes, tenir des débats.

La démocratie syndicale serait sans doute très différente aussi : le processus décisionnel reposerait non plus sur un vote à main levée dans des salles de réunion et des centres de conférence, mais bien sur des outils électroniques, en ligne. Quant aux structures syndicales traditionnelles, qui reproduisent à bien des égards les structures hiérarchiques des entreprises de l’ère industrielle, elles pourraient aussi être remodelées : au lieu d’un cadre pyramidal dont les syndiqués sont considérés comme la base, les structures pourraient très bien être horizontales, basées sur les relations entre membres, entre homologues, plutôt que verticales.

Tout cela devrait inévitablement pousser les syndicats à revoir leurs pratiques et modes de fonctionnement actuels. S’ils veulent vraiment s’assurer que les jeunes entrant sur le marché de l’emploi – la génération dite du Net – soient attirés vers eux, les syndicats devront sans aucun doute s’impliquer dans le monde en ligne d’une manière qui soit plus que simplement superficielle : il faut que ces mondes en ligne soient intégrés de façon très fondamentale dans leur mode de fonctionnement.

À cet égard, il est urgent d’agir car la technologie continue à progresser. Déjà, des commentateurs discutent de la préparation de la prochaine génération du web, un Internet tridimensionnel qui sera sans doute hautement personnalisé et de plus en plus centré sur l’accès via des systèmes sans fil, tels que les téléphones et les ipod/MP3. À quoi ressemblera le Web 3.0, nous n’en savons rien mais il est temps de s’y préparer.

D’après le rapport « Relations sociales et dialogue social dans le monde du Web 2.0 », rédigé par Andrew Bibby Uni Europa Global Union

27 novembre 2008

1 : [Le syndicat des travailleurs australiens tente de se vendre à une nouvelle génération d’Australiens en lançant un formulaire de candidature sur Facebook] The Australian Workers Union is looking to market itself to a new generation of Australians by launching a Facebook application, http://www.australianit.news. com.au/story/0.24897 ,2291883415318,00. html

2 : www.facebook.com/group. php?gid=7519916618

3 : Facebook, las redes sociales y los sindicatos,http://blog.comfia.net/webmaster/esindicato/2008/01/17/facebook-Ias-rede...

4 : Welcome to Union Island, Labour Research, août 2008

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