Témoignage

Année 2010 - Revue n°442

Un couple sur deux se sépare en région parisienne, un sur trois sur le reste du territoire. La garde des enfants repose le plus souvent sur les épaules des femmes. Cette réalité rend le quotidien de très nombreuses femmes managers difficile. Mathilde Vuillard nous livre ici son témoignage.

L’année dernière, j’ai dû chercher du travail, et je suis passée de façon assez classique par un cabinet de recrutement.

J’y ai été reçue plusieurs fois, par plusieurs personnes qui s’occupent des profils de métiers de la communication. Lors de la présentation, il faut expliquer ses savoirs-faire, ses aspirations, ses acquis, ses atouts professionnels, les points forts et faibles de sa personnalité. C’était au début du printemps 2010, période marquée par un début d’embellie après des années de plomb. Après ces échanges, lors du debriefing, je me suis entendue dire que j’avais un très bon profil, recherché. Mais dans le même temps, que comme actuellement les postes sont très rares, il fallait que je sache que les hommes seraient systématiquement privilégiés face à une candidature féminine.

La raison avancée était très simple : il s’agit pour les employeurs de prendre le moins de risques possibles. Et cet argument, on l’entend même quand on a 37 ans, et qu’on a deux enfants déjà grands, de onze et neuf ans.

C’est difficile à entendre quand on est une femme organisée, habituée à un rythme de travail lourd. C’est encore plus difficile quand on est une femme qui élève seule ses enfants et qui met un point d’honneur à être exemplaire sur les questions d’horaires vis-à-vis de son employeur.

Aujourd’hui, quand on cherche du travail, avoir des enfants est toujours considéré comme un handicap. Il y a toujours l’idée solidement ancrée que quoi qu’il arrive, le père sera au bureau à neuf heures, et que ce sera toujours la mère qui se chargera des enfants malades.

Tout cela rend la situation un peu compliquée quand on recherche un emploi. Car finalement, on est obligé de se présenter comme une wonder-woman, tout en prenant le risque de se le voir reprocher dans le même temps par l’éventuel recruteur.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé du travail, un emploi qualifié et bien rémunéré, qui correspond à mes compétences. Au quotidien, mon secteur n’est pas particulièrement sexiste. Il n’y a pas d’inégalités salariales à poste égal entre les hommes et les femmes, j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises. C’est un monde où les femmes ont leur place, avec quelques figures emblématiques, comme Mercedes Erra, qui met sans cesse en avant le fait d’avoir cinq enfants et d’avoir réussi à devenir patronne d’un grand cabinet de publicité.

Dans le secteur de la publicité, les femmes peuvent progresser. Il me semble que le plafond de verre est moins difficile à briser qu’ailleurs.

Il est donc possible d’être une femme, mais à une seule condition : ne jamais apporter tout ce qui relève de la sphère intime au travail.

Au bout du compte, dans mon quotidien, je trouve que la vraie brutalité n’est pas dans le monde professionnel, mais à sa périphérie. Quand on n’a pas les moyens financiers d’être très aidée, en ayant une baby sitter tous les jours par exemple, la gestion du quotidien devient vraiment difficile.

Le pire, c’est l’imprévu, quand tu es organisée pour rentrer chez toi à 19 heures et qu’au dernier moment, tu dois aller à une réunion que tu ne peux pas rater. Ces situations sont d’autant plus compliquées à gérer que comme beaucoup de femmes, je n’ai pas la chance d’avoir de grands parents à proximité pour m’aider. Etant manager, j’ai toujours en tête qu’il faut être exemplaire vis-à-vis de ses collaborateurs. C’est une raison de plus pour ne jamais apporter sa vie privée au bureau.

Quand en plus, tu cumules tout cela avec la nécessité du service client, qui doit nécessairement être optimal tous les jours, on arrive à des situations parfois vraiment difficiles à gérer.

Il faut donc mettre en place quotidiennement une super intendance, et ce n’est bien sûr pas sans conséquence sur la disponibilité intellectuelle. A l’approche de l’hiver, je sais que j’aurais au moins quatre brèches dans mon organisation avec les petites maladies des enfants. J’ai donc une liste de quatre baby-sitters au cas où, et je croise les doigts en espérant qu’elles seront disponibles le jour où j’aurai besoin de l’une d’elles en cas d’imprévu.

J’ai vraiment l’impression d’une grande injustice. Les a aprioris sont très profondément ancrés dans les mentalités. C’est pourquoi tout ce qui peut servir à montrer à l’employeur que les femmes ne représentent pas un risque, comme l’idée de l’allongement du congé de paternité, sera bénéfique.

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