Ingénieurs au Brésil et en France

Année 2006 - Revue n°418

Les ingénieurs et cadres français et brésiliens ont au moins deux points communs : une forte tradition de formation des ingénieurs, avec des échanges transatlantiques de plus en plus nombreux entre grandes écoles et universités, et des organisation syndicales nationales en constante relation depuis des décennies. Pouvait-il y avoir intérêt à croiser les actions, les projets et les interrogations de ces institutions si différentes ?

La rencontre du 17 novembre, dans les locaux de l’Ecole Centrale de Lille, a permis de dégager des pistes de coopération.

L’année du Brésil en France a été l’occasion d’une semaine sociale franco-brésilienne entre la CUT (première confédération syndicale au Brésil) et la CFDT. Au programme, la formation initiale et la responsabilité sociale des entreprises implantées dans nos deux pays.

Au sein de la CUT, la Fisenge est la fédération syndicale des ingénieurs. Avec la CFDT Cadres, les relations sont anciennes et soutenues et il était logique qu’elles saisissent cette occasion pour approfondir leur connaissance réciproque à la fois des dispositifs de formation des ingénieurs – et de leurs systèmes de reconnaissance respectives – et des leviers d’action pour une gouvernance des multinationales qui donne aux ingénieurs et aux cadres la possibilité d’y exercer leur responsabilité sociale.

Cette journée d’échange a permis de mieux connaître le dispositif international mis en place par l’Ecole Centrale de Lille, et par Centrale Graduate School, visant à tirer le meilleur des différents systèmes de formation, en vue de contribuer à l’émergence d’ingénieurs capables d’évoluer dans des environnements multiculturels divers et de maîtriser à la fois les dimensions techniques, économiques, sociales et sociétales de leur activité professionnelle, dans leur globalité et leur complexité.

Membre de la délégation Fisenge, le professeur José Parise, de l’université pontificale de Rio, a présenté les évolutions de la formation des ingénieurs, lesquelles s’appuient sur l’excellence du socle technique pour l’enrichir de nouvelles dimensions managériales. L’approche globale est voisine de celle de l’Ecole centrale de Lille : rien de surprenant à ce que ces deux établissements soient en relation pour le cursus « double diplôme » généraliste et spécialiste. Pour preuve, l’un de ses anciens élèves était présent lors de la rencontre organisée avec une vingtaine d’étudiants brésiliens et français.

La préoccupation d’encourager la vocation entrepreneuriale des ingénieurs est également présente à Rio, puisque l’université a mis en place un incubateur qui présente un taux de viabilité des projets de 90%.

Au système français de titres reconnu par la Commission des titres d’ingénieur, au sein de laquelle est présente la CFDT Cadres, répond un système brésilien d’accréditation par discipline, différent selon les Etats. La Confea rassemble au niveau national l’ensemble des ingénieurs accrédités.

Des préoccupations communes

La dimension continentale est au cœur des actions brésiliennes et françaises. Ici, la compatibilité du dispositif européen d’ECTS (European Credit Transfert System) avec une formation généraliste et la persistance de la non reconnaissance des diplômes à l’échelle de l’Union Européenne ; là-bas, la mise en place de reconnaissances de diplômes au niveau du sous-continent sud-américain et la volonté de rééquilibrer l’influence étasunienne par le développement de partenariats européens. C’est ce qu’a développé le professeur Agamenon Oliveira, délégué international de la Fisenge.

Jean-Paul Bouchet, délégué international de la CFDT Cadres, a évoqué les voies d’action du syndicalisme européen regroupé dans Eurocadres. Dix ans de mobilisation n’ont pas encore permis de faire évoluer par voie législative la reconnaissance des diplômes, et ce combat doit continuer. Au niveau des fédérations patronales européennes il est possible d’agir dans le cadre du dialogue social sectoriel. Plus pratiquement, Eurocadres a mis en place un service de conseil et d’assistance juridique pour les cadres expatriés dans un autre pays européen (MobilNet). Par ailleurs, la CFDT Cadres soutient l’émergence d’organisations syndicales d’ingénieurs et de cadres en Inde et en Afrique du Nord.

Une autre voie est possible, lors des négociations d’accords mondiaux de responsabilité sociale (cf. les accords récents des groupes Lafarge et Arcelor). Ces accords pourraient contenir des engagements de reconnaissance des diplômes par les entreprises multinationales et leurs filiales.

Pour y parvenir, cela passera par des initiatives et des coopérations nouvelles entre universités, grandes écoles, associations d’ingénieurs et organisations syndicales. Pour ces deux dernières, cela nécessite de renforcer de leur capacité d’influence et donc le développement de l’adhésion.

Un petit pas a donc été fait au cours de cette journée, par la meilleure connaissance des réalités et des modes d’intervention des différents acteurs. En juillet 2006, Centrale Graduate School organise au Brésil un séminaire de travail avec ses partenaires : l’acteur syndical local, la Fisenge, pourrait y être associé. En septembre 2007 se tiendra à Rio le congrès mondial des ingénieurs, organisé par un ensemble d’organisations syndicales présentes sur tous les continents, pourrait accueillir des responsables internationaux de la formation des ingénieurs.

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