Intelligence syndicale

Année 2018 - Revue n°479

L'informatique, traitement automatique de l’information, a pris une dimension nouvelle au début des années 2010 lorsque des programmes dits « d’apprentissage profond » ont pris le dessus sur des algorithmes traditionnels. L’intelligence artificielle (IA), numérique, est ancienne, mais le niveau d’abstraction et de diffusion l’ont fait émerger dans l’espace grand public. « La transition numérique est l’une des trois mutations à laquelle nous sommes confrontés avec la transition écologique et l’allongement de la durée de la vie. Nous défendons une intelligence artificielle inclusive et responsable, ce qui nécessite une anticipation de ce qui est à l’œuvre à une vitesse considérable » nous a rappelé Marylise Léon, secrétaire nationale lors de notre comité que je vous invite à voir en ligne1.

La CFDT Cadres ausculte depuis quarante ans les transformations technologiques, et réunit régulièrement à la même table des acteurs, chercheurs, analystes pour peser sur les mutations. Concernant l’IA, nous sommes résolument dans « l’apprentissage par l’exemple » en tirant des enseignements des premières mises en œuvre.

Côté management du travail, il importe de ne pas perdre la main sur la responsabilité professionnelle. L’informatique créée des données, elles sont ineffaçables et hautement exploitables. Il nous faut développer une culture de la protection des données comme se développe peu à peu celle de prévention des risques. Cette culture permet aux experts de questionner les situations et les décisions quand il faut arbitrer entre le « possible » au niveau de la technique et le « permis » au niveau légal et éthique. Dans la formation des experts, ces notions de questionnement éthique doivent absolument trouver leur place. Ce travail d’arbitrage doit se mener dans le dialogue professionnel et non la solitude personnelle. A nous, également, en tant qu’espaces dédiés au travail et à l’emploi, de croiser les disciplines et les analyses.

L’IA et l’homme doivent ainsi développer une « complémentarité capacitante » pour citer le rapport Villani2. Une vigilance s’impose donc : si les systèmes experts IA permettent de traiter les problèmes simples, le travailleur cadre ne sera plus confronté qu’à des problèmes complexes : c’est à la fois une opportunité pour développer son expertise mais aussi un risque de surcharge mentale et d’épuisement car les taches requérant une faible implication mentale auront disparu alors qu’elles permettaient un certain repos des neurones.

Nous avons ainsi identifié des priorités. Une exigence forte d’une transformation numérique inclusive, qui promeut le « travail transformé » et l’emploi des personnes ; la nécessité d’un effort de formation ; nous identifions des points d’attention : la mixité dans les équipes de conception (donc en formation et recrutement) ; les dispositifs de régulation de la technologie par les principes ; la formation au questionnement éthique.

Nous entendons outiller les militants CFDT dans les travaux des comités sociaux et économiques (CSE) comme dans la négociation. Mais également soutenir les acteurs publics de haut niveau tels que l’Inria et la Cnil ou encore l’action du réseau Anact. Ceci permettra à la CFDT Cadres de répondre présent dans débats externes demain (avec l’Union européenne, avec l’OCDE) et face aux besoins internes. « Notre modèle productif se transforme. Intelligence artificielle, robotique, objets connectés, traitement massif des données, ou Big data, impression 3D, nano et biotechnologies… : ces technologies sont au cœur de l’administration et de l’entreprise du futur » pose la résolution générale du 49ème congrès confédéral.

C’est finalement de l’ordre du choix de société. Quel travail humain demain ? Quel humain dans le travail ? La CFDT demeure un formidable espace de discussion collective et plurielle à l’heure où les débats sociaux du quotidien percutent les jalons à construire.

1 : CFDT Cadres, « L’intelligence artificielle, même pas peur ? »,
cadrescfdt.fr/actualites/ lintelligence-artificielle-meme-pas-peur.

2 : « Donner un sens à l’intelligence artificielle : pour une stratégie nationale et européenne », mars 2018.

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