Quand la formation professionnelle certifie le passage cadre

Année 2015 - Revue n°464

Le Centre d’études supérieures industrielles (Cesi) est un organisme paritaire d’enseignement supérieur et de formation professionnelle dont la présidence est assurée par Jean-Paul Bouchet (CFDT). Sophie Crespy, directrice de Cesi Entreprises, en explique les valeurs de promotion sociale et de développement des compétences en adéquation avec les besoins en qualifications.

Quelle est l’expérience du Cesi pour construire l’offre de qualification avec les entreprises ?

Sophie Crespy Le Cesi a été fondé en 1958 par des entreprises, pour les entreprises et leurs collaborateurs. L’objectif était de fournir aux techniciens à potentiel les moyens de leur promotion vers des responsabilités d’ingénieurs et/ou de cadres. Aujourd’hui, c’est toujours ce principe de promotion sociale qui accompagne l’action du Cesi dans le développement de ses parcours de formation continue. Ses programmes sont pour la plupart diplômants (les certifications professionnelles sont enregistrées au Répertoire national des certifications professionnelles, RNCP) parce que le Cesi a très tôt pris conscience que bien former ne suffisait pas et qu’il fallait également certifier les compétences acquises par un diplôme reconnu par l’Etat. Le but est de favoriser l’employabilité du salarié et rassurer l’employeur sur la qualité de la formation dispensée. C’est la raison pour laquelle le Cesi s’inscrit fortement et depuis près de dix ans dans une démarche compétences et une logique certifiante. Ce qui lui permet, via la formation continue, de proposer sur l’ensemble du territoire plus d’une vingtaine de titres RNCP de bac+2 à bac+5 accessibles aux salariés désireux de monter en compétences sur des fonctions d’expert ou de management. Ces parcours sont co-construits avec nos entreprises partenaires, interrogées notamment sur la pertinence des métiers préparés par nos parcours en relation étroite avec leurs besoins en qualification. La réforme de la formation professionnelle en vigueur depuis le 1er janvier 2015, en ce qu’elle privilégie les formations diplômantes, va dans le sens de nos orientations. L’enjeu est désormais de voir inscrire nos formations et notamment sa formation-phare Arcadre (qui propose d’accompagner le salarié dans ses fonctions de manager) sur la liste du Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation (Copanef). Le positionnement affiché du Cesi dans le cadre du développement de ses parcours proposés en formation professionnelle continue est clairement de former et de diplômer en entreprise. Nous entendons associer pleinement l’entreprise dans le développement des compétences du salarié. Toutes les formations sont construites suivant un rythme alterné avec mise en pratique ensuite dans l’environnement professionnel du salarié des savoir-être et savoir-faire.

Quel est le public de salariés amenés à suivre vos formations ?

S.C. Il s’agit traditionnellement de salariés en poste ou en reconversion, justifiant d’une forte pratique professionnelle autodidacte, qu’il est important de reconnaître et de valider par un diplôme, pour garantir leur évolution au sein ou en dehors de son entreprise. Le Cesi accueille également de plus en plus de salariés inscrits dans un parcours d’évolution professionnelle ou promotionnelle au sein de leur entreprise et qui souhaitent acquérir une qualification supérieure. L’inscription à ces parcours relève généralement d’une décision de co-investissement de l’employeur et du salarié bénéficiaire de la formation.

Les contraintes ont évolué, en raison notamment de l’accélération du cycle de vie des organisations, des métiers, des postes ainsi que de leur obsolescence programmée. Personne ne travaille toute sa vie dans la même entreprise et il faut répondre aux besoins de mobilités fonctionnelles et géographiques. Nous faisons face également à la nécessité d’une double, voire triple compétence dans les postes successivement occupés. En plus d’une expertise technique, par exemple, il faut savoir gérer un projet ou manager des salariés. Globalement, les besoins du marché du travail s’orientent sur des diplômes ou des titres dont le niveau est de plus en plus élevé, et ce pour évoluer ou répondre aux attentes des recruteurs. Les salariés aujourd’hui ont intégré l’obligation, désormais, au plus tôt dans leur carrière, de réfléchir et d’anticiper la sécurisation de leur parcours. Bilan de compétences, seconde partie de carrière, reconversion, international… sont des étapes naturelles de l’emploi.

Parallèlement, si le nombre de salariés qui se forment augmente, le temps par salarié consacré à la formation s’est réduit et il est très difficile de s’investir dans des formations à temps plein. Elles sont perçues comme consommatrices de temps et de déplacements. Cela se traduit par de nouvelles attentes pédagogiques plus efficientes. Les parcours doivent être adaptés, individualisés et prenant en compte l’expérience professionnelle ainsi que les apprentissages en situation de travail.

En quoi la formation professionnelle vient-elle en appui du passage cadre ?

S.C. Le Cesi forme chaque année plus de deux cents salariés sur toute la France au sein de son parcours Arcadre, dispositif qui forme des managers généralistes, maîtrisant l’ensemble des méthodes et outils permettant de déployer, au sein de leurs organisations la performance technique (ou commerciale) de leur entité, l’optimisation des ressources, le travail en mode projet, un management des équipes respectueux, motivant et socialement durable, la prise en compte et le suivi du développement de leurs collaborateurs. Managers opérationnels intermédiaires de grandes, petites et moyennes entreprises des secteurs industriels, de services, de collectivités ou d’associations… de tous domaines d’activité, les candidats à ce parcours s’inscrivent dans le cadre d’une politique de promotion sociale interne à leur entreprise les concernant, d’un projet d’entreprise de sécurisation des parcours individuels, voire d’une démarche personnelle d’évolution. Nos ingénieurs de formation les accompagnent, de la formalisation de leur projet jusqu’à la certification : élaboration et suivi de leur projet, mise en situation d’acquisition de nouvelles compétences, pilotage d’un projet réel en entreprise, contacts professionnels et évaluations par les pairs, auto évaluation de ses pratiques, bilans personnels et professionnels. Dans les mois qui suivent leur formation et l’obtention de leur certification, ces salariés connaissent une évolution de carrière sensible sur des postes de directeur d’usine, de responsable de département ou en tant qu’ingénieur industriel.

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