Reprendre ses études : itinéraire d’une prise de décision

Année 2015 - Revue n°464

Revenir sur les bancs de l’école est une démarche autant personnelle que professionnelle. Catherine Blanc nous fait part de cette expérience intime.

L’envie de refaire des études m’est apparue lors d’un bilan de compétences que j’avais demandé à réaliser l’année de mes 50 ans. J’avais préalablement occupé plusieurs postes dans un conseil régional, en communication puis auprès d’un élu dont le mandat s’arrêtait. C’était l’occasion de faire un point professionnel. Le psychologue du travail avec lequel j’ai effectué ce bilan m’a fait prendre conscience d’une envie d’étudier dans son domaine. J’avais été sensibilisée aux relations humaines lors de stages en communication ou en management. Les sources de la motivation, la gestion des conflits, la gestion du stress, la conduite du changement… Autant de notions que j’avais envie d’approfondir. Mon bilan avait par ailleurs mis en évidence certaines capacités et compétences que j’avais pu développer grâce à mon expérience professionnelle et qui profilaient un contour favorable pour m’orienter vers la psychologie du travail. J’ai mis ce projet de côté

pendant deux ans, venant d’être élue secrétaire de mon syndicat départemental, conseillère fédérale et membre du bureau national de la CFDT Cadres. Il y avait beaucoup à apprendre et à faire pour exercer ces mandats. Mais l’envie était toujours là, d’autant que l’exercice de mes responsabilités syndicales m’amenait à prendre en charge des personnes en souffrance. J’avais besoin d’être plus armée à la fois pour mieux les aider mais aussi pour me préserver et m’aider à prendre du recul.

Comme je suis convaincue qu’il n’est pas sain de rester trop longtemps dans une même responsabilité syndicale, j’ai fait un rapide calcul. A la fin de deux mandats, il me resterait six ans à travailler dans la fonction publique territoriale. Alors qu’aujourd’hui je bénéficie d’une autonomie totale dans l’organisation de mon travail et qu’il répond à mon besoin d’utilité sociale forte, je me vois mal reprendre une mission classique et technique de chargée de communication dans une structure très hiérarchisée. Je suis retournée, à titre personnel cette fois-ci, voir le psychologue du travail. Nous avons regardé précisément les différentes solutions pour reprendre des études. Il m’a orientée sur le Cnam Nord-Pas-de-Calais.

Coté formation initiale, je suis titulaire d’un BTS de tourisme. Puis j’ai eu la chance de suivre beaucoup de formations au management et à la communication : au Centre national de formation de la fonction publique territoriale (CNFPT), où j’ai été initiée au domaine des relations humaines, et à l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa) où j’ai pu suivre un cursus complet sur la communication. Le responsable des études du Cnam m’a proposé de suivre quatre unités d’enseignement (UE) qui me seront nécessaires pour une validation des acquis de l’expérience (VAE). L’objectif : avoir l’équivalent d’une licence en psychologie et suivre par la suite un master « psychologue du travail ». Le congé individuel de formation existe encore dans la fonction publique et j’envisage d’en demander un pour la première année de master. En complément, j’ai un compte épargne temps bien rempli qui me servira pour la seconde. En attendant, j’y vais piano va sano… Je ne suis pour le moment qu’un cours par semaine le lundi soir. L’année prochaine, je doublerai la mise en prenant un cours le samedi matin. Je privilégie des cours en face-à-face à la formation à distance

J’apprécie dans cette démarche de se retrouver entre salariés réellement motivés et que les enseignants soient avant tout des praticiens. Nous confrontons la théorie qui nous est présentée aux expériences professionnelles que nous vivons dans nos entreprises. Tout cela rend les cours particulièrement intéressants et interactifs. Nous sommes une vingtaine d’auditeurs, de 30 à 40 ans. Mais il n’est pas rare, loin de là, de reprendre des études après la cinquantaine. Il y a certes du travail à la maison et des devoirs à rendre. Mais rien n’est insurmontable avec un peu d’organisation. Mes enfants sont partis de la maison et mon conjoint est compréhensif. J’ai dégagé du temps libre. La plupart des auditeurs ont leur formation financée par leur entreprise mais on peut aussi s’inscrire à titre individuel comme je l’ai fait.

Ce qui me motive ? Compenser une frustration d’avoir limité ma formation initiale à un niveau bac+2 et me préparer à un métier dont je sens le besoin augmenter dans mon environnement professionnel, pour prévenir les risques psychosociaux. Reste à savoir s’il me sera possible de l’exercer dans ma propre administration, où s’il me sera nécessaire de faire une mobilité. Quoi qu’il en soit, ce que j’ai appris m’aide déjà dans l’exercice de mes mandats syndicaux. Reprendre des cours à 50 ans, remobiliser ses capacités intellectuelles en dehors du travail, c’est rajeunissant.

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