Le capitalisme moderne est organisé comme une gigantesque société anonyme, dont trois cents millions d’actionnaires contrôlent la quasi-totalité de la capitalisation boursière. Souvent d’âge mûr, de formation supérieure, avec un niveau de revenus relativement élevé, ils confient la moitié de leurs avoirs financiers à quelques dizaines de milliers de gestionnaires. Les techniques pour y parvenir s’appuient sur les règles du gouvernement d’entreprise et conduisent à des exigences de rentabilité excessives. Elles transforment les chefs d’entreprise en serviteurs zélés, voire en esclaves dorés des actionnaires, et polluent de pure cupidité la légitime volonté d’entreprendre. Ainsi le capitalisme n’est pas seulement le modèle unique d’organisation de la vie économique mondiale : il est devenu « total » au sens où il règne sans partage ni contre-pouvoir sur le monde et ses richesses.

Avec la chute du mur de Berlin et la faillite du communisme, nous sommes entrés dans l’ère d’un capitalisme triomphant mais dissocié. Dissocié, car le capital est internationalement mobile alors que le facteur travail est fragmenté, mais aussi car les intérêts des dirigeants d’entreprise et de leurs actionnaires ne coïncident plus systématiquement comme auparavant. Dissocié, enfin, parce que la dynamique entre progrès économique et progrès social est menacée. D’emblée, Jean Peyrelevade indique que devant de telles évolutions nous avons « un grand besoin de régulation » pour assurer l’équilibre politique, éthique, écologique du développement de la planète.

Il rappelle ensuite le principe de libre confrontation de l’offre et la demande sur lequel repose l’économie de marché, avant un rapide historique des réglementations nées après la crise de 1929, et en particulier dans le secteur bancaire : le Glass-Steagall Act (1933), la distinction entre banques de dépôts et banques d’affaires in