La question éthique peut être occultée par la question économique. L’objectif de productivité est prépondérant au point d’éclipser l’objectif d’épanouissement humain, c’est-à-dire d’éthique. La création de valeur économique prend le pas sur la création de valeurs non marchandes (santé, éducation, lien social). En somme, la rationalité technique a obscurci la rationalité pratique.

On trouve déjà une explication de ce phénomène d’éloignement entre l’économie et l’éthique chez Aristote. Celui-ci opère une distinction particulièrement pertinente au regard de la finance actuelle. Dans Les Politiques[1], Aristote distingue deux genres d’acquisitions : une qu’il appelle « l’art d’acquérir », et l’autre nommée la « chrématistique » (livre I, chapitre 9). La première renvoie à l’art d’acquisition domestique ou utile en général, et l’autre se réfère à l’acquisition spéculative. Dans le premier cas, le bien est acquis parce qu’il répond à un besoin. C’est une acquisition naturelle, qui se fait en quantité suffisante, mais limitée, en vue d’une vie heureuse. Le second type d’acquisition, la chrématistique, est décrit comme la perversion de la pratique naturelle d’acquisition. Son but n’est plus de permettre aux humains d’accéder à des biens nécessaires à leur survie ou utiles à leur développement, mais seulement la maximisation de la valeur financière. L’économie n’est plus un moyen d’épanouissement des sociétés, mais elle devient une fin en soi. Les deux pratiques économiques, l’acquisition naturelle et la chrématistique, ont en commun d’être une forme d’acquisition, ce qui mène à la confusion.

Appliquée aux organisations de travail, la distinction entre acquisition naturelle et chrématistique prend tout son sens. Le profit financier ne peut servir, en lui seul, à mesurer la bonne santé d’une organisation. Il n’atteste pas en lui-même de l