Dès les années 1950, les syndicats ont joué un rôle pionnier en identifiant les souffrances des salariés, en suscitant des études scientifiques, en se mobilisant pour les faire reconnaître juridiquement et politiquement. Malgré les initiatives nombreuses qui ont eu lieu au 20e siècle, ce sujet peine à être durablement mis en haut des agendas revendicatifs, particulièrement celui des directions confédérales. En revenant brièvement sur le rôle joué historiquement par les organisations syndicales, plus particulièrement celui de la CFDT, dans la reconnaissance de ces maux, ce texte souhaite engager le débat sur les voies qui peuvent renforcer l’action syndicale en faveur de la santé au travail[1].

De la fatigue nerveuse au burn-out, soixante ans de luttes syndicales

L’après-Seconde Guerre mondiale voit la généralisation du travail taylorisé (c’est-à-dire du travail découpé en un ensemble de tâches répétitives, monotones et chronométrées) dans les usines comme dans les administrations. Face à la dureté de ces conditions de travail, auxquelles s’ajoutent de longues journées de travail pour de faibles salaires, de nombreux ouvriers et plus encore d’ouvrières et d’employées sont victimes de ce qu’on appelle alors la « fatigue nerveuse ». Ces femmes sont épuisées, n’arrivent plus à récupérer, se sentent psychologiquement vidées, démoralisées. Sans doute parlerait-on aujourd’hui de burn-out, mais ce terme n’existe pas à l’époque. La CGT, puis la CFDT, vont s’emparer de ce sujet. Ces organisations vont solliciter des scientifiques pour essayer de comprendre cette fatigue méconnue. Syndicalistes et scientifiques vont montrer que ces souffrances sont liées à l’intensité du travail, à sa répétitivité, sa monotonie, aux cadences, etc. Ils parviennent ainsi à politiser ces souffrances et à prendre à rebours le discours patronal et médical de l’époque qui re