Que dit pour vous l’engouement médiatique sur l’entreprise dite « libérée » ?

Hélène Picard. Les entreprises dites « libérées » ont le vent en poupe, notamment auprès de managers et de dirigeants intéressés par l’idée de renouveler leurs pratiques, après une décennie (au tournant des années 2000) de constats forts sur la réalité d’une souffrance propre à la condition de salarié dans les organisations contemporaines, et dans la montée d’un « mal-être » au travail décrits par des auteurs aussi hétérogènes que Christophe Dejours (1998), Marie Pezé (2008), Yves Clot (2010) ou Mathieu Detchessahar (2013) par exemple.

Reste qu’au-delà de l’abondance de discours et de bonnes pratiques, l’idée d’une « libération » humaniste qui permettrait de résoudre les problématiques de souffrance en redonnant du sens au travail et en dotant les salariés d’une plus grande autonomie voire d’un rééquilibrage des pouvoirs soulève quelques interrogations, voire quelques scepticismes.

Dans la recherche que j’ai menée depuis 2011, je propose une interprétation nuancée des récits centrée sur la manière dont des salariés ont vécu la « libération » de leur entreprise - processus caractérisé par l’instauration de dispositifs participatifs et l’abandon des pratiques de management autoritaristes et paternalistes - en s’intéressant en particulier à leur impact en termes de redistribution de la parole, et en examinant les effets « vécus » par les salariés, managers, ouvriers concernés par de telles expériences.

Dans ces travaux de recherche, nous tentons de creuser les enjeux qui se cachent derrière cette apparente réappropriation, par le management, des thématiques radicales de l’émancipation. Nous nous interrogeons sur les implications de ce lien établi entre participation, parole et