D’un point de vue philosophique, la vulnérabilité est considérée comme un des constituants fondamentaux de la condition humaine ; elle renvoie à une précarité, une absolue dépendance initiale, comme marque même de l’humanité, ce qui lui donne une dimension universelle. Cela ne veut pas dire pour autant que les personnes vivent la maladie ou la mort de la même façon, ni qu’il y a une égalité entre les hommes pour supporter au mieux celles-ci. La vulnérabilité est un appel à la sollicitude, concept bien connu des professionnels du soin ; il s’agit de la possibilité d’être affecté, d’être ému, d’être accessible au plaisir, à la douleur, au temps, à l’incomplétude du psychisme, soulignant à la fois notre besoin de l’autre et notre ouverture à l’autre. L’éthique de la sollicitude a été théorisée en France notamment par les philosophes Paul Ricœur et Emmanuel Levinas. Dans le  champ  de la politique du développement humain, la vulnérabilité représente un paradigme qui défend l’idée que la puissance d’être d’un individu augmente d’autant plus que celle des autres hommes s’accroît. Elle est fondée sur la notion d’interdépendance. Pourquoi alors employer le mot vulnérabilité au pluriel ? Sans doute parce que le champ de la vulnérabilité se décline dans la diversité des catégories : vulnérabilité liée au handicap, à la condition sociale et culturelle, à l’âge, à l’état de santé mais également au monde du travail.

A la faveur des sciences sociales, les vulnérabilités liées au travail sont désormais bien repérées. Celles liées à l’activité des professionnels du soin et de l’accompagnement ont pour leur part, été longtemps peu perceptibles. Le soin suppose une relation éthique, en espérant qu’elle le soit, qui vise le bien d’autrui. Or, la dimension du soin se heurte aujourd’hui à la vision entrepreneuriale de l’hôpital et de ses contraintes budgétaires qui forcent les organisations soignantes à réduir