Le chemin vers l’égalité entre les femmes et les hommes, visant notamment à lutter contre les violences sexuelles et sexistes, est trop long, très inconfortable et ses lents progrès sont souvent ponctués de « backlash », réactions violentes d’une partie de la société qui s’organise pour combattre les avancées acquises. Face à cette plaie mondiale, les ressorts de l’égalité existent et ils passent tous par un travail en profondeur afin de déconstruire les stéréotypes enracinés dans notre société. Il faut sortir du déni et des mythes. Contrairement à une idée reçue, les hommes violents ne sont pas des monstres mais de « bons pères de famille » de tous âges et de tous milieux sociaux, ni des inconnus quand 9 fois sur 10, la victime connaît son agresseur[1]. Si, principalement, les femmes sont les premières victimes et en particulier les mineures, les agresseurs sont à 99% des hommes[2]. Et selon la dernière enquête « Vécu et Ressenti en matière de Sécurité » du ministère de l’Intérieur, les violences sexuelles et sexistes ne cessent d’augmenter. En 2022, 270 000 femmes ont été victimes de violences physiques (viol, tentative de viol, agression sexuelle) et 1,14 million de violences non physiques (harcèlement sexuel, exhibition, outrage sexiste…). Seulement 6% ont porté plainte dans le premier cas et 2% dans le second. L’une des raisons invoquées est le faible pourcentage des auteurs condamnés en France (moins de 1%), ce qui dissuadent fortement les victimes, alors même que la partie judiciaire est souvent perçue comme un traumatisme supplémentaire au vu de la focale portée sur les femmes lorsqu’elles osent dénoncer ces agissements. La situation est tellement banalisée qu’elle en est devenue une part de ce qu’être une femme signifie, il va être question ici de rechercher non pas la stratégie de l’agresseur – comme il se devrait – mais de rechercher si la victime par son comportement aurait pu causer l’agression (par exemple par sa façon de se vêtir elle « aurait pu provoquer le violeur », si elle avait bu de l’alcool ou encore si elle avait plusieurs partenaires, etc.) afin de montrer si elle n’aurait pas été « un peu » consentante, « un peu » complice… C’est ce que Gisèle Pélicot dénonçait l’année dernière dans un procès historique en sortant de sa réserve face aux insinuations des avocats de la défense et répliquant qu’« un viol est un viol ! ».
La sphère du travail perçue comme l’une des moins égalitaire
En 2018 a été créé l’outrage sexiste et sexuel afin de répondre au harcèlement de rue[3]. En 2023, ce sont 3 405 infractions enregistrées[4], l’outrage sexiste et sexuel étant présent aussi dans les lieux de travail, cette nouvelle infraction constitue un levier supplémentaire à saisir afin de dénoncer ces agissements. Les stéréotypes de genre et les situations de sexisme quotidien dit « ordinaire » jusqu’aux manifestations des plus violentes montrent qu’il existe un continuum des violences : ce sont 37% de femmes qui déclarent avoir vécu une situation de non-consentement et ce chiffre atteint 50% chez les 25-34 ans ! Chez les hommes, les réflexes masculinistes prospèrent quand un quart des 25-34 ans pense qu’il faut « être violent pour se faire respecter »[5]. Alors que paradoxalement la population est de plus en plus consciente selon le rapport 2024 du Haut Conseil à l’Égalité. Et parce que les lieux de travail ne font pas exception et que selon le même rapport, la sphère du travail est perçue comme l’une des moins égalitaire, il est essentiel d’investir le champ des négociations dans le dialogue social et d’avoir cet axe revendicatif au sein des équipes syndicales sans attendre l’existence d’un cas à traiter : 9% des viols ou des tentatives de viol ont lieu au travail, 30% des salariées indiquent qu’elles ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement sur leur lieu de travail, et 70% de ces victimes de violences au travail déclarent n’en avoir jamais parlé à leur employeur. Les violences sexuelles et sexistes au travail (VSST) sont un sujet de santé au travail qui engage la responsabilité des employeurs.
Le rôle des référents « harcèlement sexuel agissements sexistes » se révèle donc primordial pour vérifier que les politiques de prévention et de formation sont réellement menées, pour en évaluer l’efficacité et veiller à l’effectivité des éventuelles sanctions des auteurs et à l’accompagnement donné aux victimes. La CFDT revendique que ces référents soient systématiquement formés et bénéficient de moyens dédiés. Ils sont les ressorts de l’égalité par leurs actions, les équipes peuvent contribuer à transformer les lieux de travail pour plus d’égalité et agir sans relâche contre les violences sexistes et sexuelles. Enfin, parce que nous nous devons d’avoir la même vigilance avec nos collectifs militants, l’application de la Charte interne CFDT d’engagement pour la prévention et la prise en charge des violences sexistes et sexuelles reste un enjeu fort. Nous invitons toutes nos structures syndicales à la signer, à programmer pour leurs instances une session de sensibilisation à la question des VSST et à s’organiser en amont pour favoriser et traiter les signalements. Un guide de mise en œuvre a également été validé par le Bureau national confédéral afin d’apporter des recommandations et conseils pour faciliter cette prise en charge[6]. Dans le même élan, notre organisation qui se revendique féministe s’est dotée d’un Manifeste Féministe parce que l’égalité entre les femmes et les hommes est intégrée dans notre projet politique pour une société émancipatrice basée sur l’égalité et la solidarité.[7]
[1]- « Rapport d’information », Assemblée nationale, février 2018. [2]- Source : Ministère de la justice. [3]- Loi n° 2018-703 du 3 août 2018 « renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ». [4]- Source : Mission interministérielle pour lutter contre les violences sexuelles et la traite des êtres humains, Miprof. [5]- « Rapport sur le sexisme en France », Haut Conseil à l’Égalité, 2024. [6]- Disponible auprès de vos référents syndicaux ou par mail à femmes@cfdt.fr [7]- www.cfdt.fr/sinformer/toutes-les-actualites-par-dossiers-thematiques/manifeste-feministe-cfdt-un-engagement-historique-pour-les-droits-des-femmes