L’enquête SalSa (« Les salaires vus par les salariés ») permet d’approcher les différents registres et critères auxquels se réfèrent spontanément les salariés pour apprécier leur salaire. Elle met à jour les relations que les différents salariés entretiennent avec leur salaire ainsi que le sens qu’ils attribuent à leur rémunération. On s’attache ici aux seules réponses aux questions ouvertes portant sur le « pourquoi êtes-vous plutôt satisfait de votre salaire ? ». L’ensemble des réponses est riche et divers.1 Plus que l’âge ou le genre, la catégorie sociale et le secteur d’activité - public ou privé - constituent les variables les plus clivantes. La façon dont les individus appréhendent leur rémunération et celle des autres est un élément essentiel pour comprendre les procédures de détermination et donc de négociation des salaires, mais aussi le sens que les individus attribuent à leur travail. Les motifs de satisfaction et d’insatisfaction invoqués par les salariés explicitent les critères d’évaluation qu’ils mobilisent. Nous avons été surpris par le fait que le terme de « justice » n’apparaît dans aucune des réponses exprimées. Plutôt que le recours à des catégories morales (le juste ou l’injuste), les salariés préfèrent des registres d’appréciation plus modestes, plus neutres tels que « correct », « raisonnable », « satisfaisant ». Ils se réfèrent ainsi à des critères beaucoup plus concrets. Les salariés jugent leur salaire par rapport à une dizaine de domaines de référence : le travail (fonction, tâches, horaires…), le coût de la vie (pouvoir d’achat), les propriétés personnelles (diplômes, compétences, expérience…), la carrière (ancienneté, évolution, mobilité…), les autres catégories de salariés (par exemple : les femmes se comparent aux hommes, les fonctionnaires se c