La France « jacobine » serait hostile aux corps intermédiaires ! Cette antienne souvent entendue et parfois actualisée à des fins politiques ne recoupe qu’une part de l’histoire des deux derniers siècles. En effet, en parallèle de l’hostilité proclamée dans certains discours contre toute forme de corps intermédiaires, la réalité institutionnelle, sociale et politique a été différente. Loin de se résumer à un retour de l’Ancien Régime dans une France d’après la Révolution, les corps intermédiaires ont pu constituer une ressource importante pour l’établissement et l’évolution de la République. Il ne s’agit certes pas d’une histoire linéaire : du développement du syndicalisme, à celui des associations et des institutions représentant la société, de nombreux conflits ont pu accompagner ces différentes évolutions. Une approche par l’étude des corps intermédiaires permet d’analyser l’Etat dans son fonctionnement en refusant ainsi de croire à la frontière rigide entre ce dernier et la société.

Assemblée constitutionnelle depuis 1946, héritier d’une première institution créée en 1925, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) reste à la fois méconnu et un bouc émissaire souvent un peu facile lorsque l’on veut critiquer le fonctionnement présent des institutions françaises. Sis au Palais d’Iéna après avoir siégé avant 1958 au Palais-Royal, le CESE peine à acquérir une visibilité et voit sa légitimité mise en cause. Il s’agit cependant d’une institution qui permet de mieux comprendre les questions politiques posées par la place des corps intermédiaires.

 

Le « jacobinisme amendé »

Le premier constat passe par la référence à Tocqueville et à ses analyses signalant cette forme d’Etat jacobin qui se perpétuerait de l’Ancien Régime à la France post-révolutionnaire et nierait la possibilité de c