Du capitalisme financier au capitalisme numérique ? Le big data, littéralement « les grosses données », est un nouvel or noir. Autant nous sommes loin d’une IA forte capable, comme l’ordinateur HAL ou le système Skynet1, d’évolution autonome dangereuse pour l’homme, autant le volume de données et la capacité d’analyse par une IA faible, pilotée par l’homme, donne des sueurs froides. L’exemple chinois en illustre l’ampleur. Philippe Saint-Aubin, membre CFDT du Conseil économique, social et environnemental (Cese), a fait partie d’un voyage d’étude en Chine avec le Cese. Il témoigne des nombreux exemples d’utilisation massive et de croisement de données. Citons Beijing Automotive Industry, cinquième constructeur automobile chinois mais qui développe une gamme de 200 000 voitures circulent aujourd’hui. La particularité est la géolocalisation et l’envoi en direct de données sur l’état du véhicule. Alibaba, l’Amazon chinois, ambitionne lui de conquérir quelque deux milliards de clients d’ici quelques années – partant de 500 000 aujourd’hui. Il vend à la fois des objets et des services financiers, donc connaît les habitudes de consommation et plus largement, via une connaissance des comptes bancaires, des modes de vie, voire de la santé de ses clients. Ou encore le Centre de données de Shanghaï, ville vitrine du capitalisme chinois, qui vend ses services à des centres commerciaux. En analysant les données échangées par smartphone, les moyens de paiements et les caméras, cela permet de connaître finement les comportements des consommateurs. Plus édifiant encore : de Chine, il est possible de savoir en électrique importante et plus direct combien de Chinois sont à Paris, ce qu’ils consomment, voire ce qu’ils échangent par SMS. Il suffit d’avoir accès aux données des clients abonnés à des services de téléphone, soit la quasi-totalité des