Nos organisations du travail présentent un faisceau de plus en plus dense de contraintes, associant recherche active de productivité accrue et fréquents changements dans les objectifs ou les méthodes de travail. Ces évolutions peuvent mettre en péril les stratégies individuelles ou collectives des travailleurs pour faire face aux objectifs, se maintenir en emploi et préserver leur santé. Et elles rendent plus complexes les stratégies d’affectation des travailleurs, dès lors qu’ils présentent, temporairement ou durablement, des problèmes de santé : maladies ou accidents et leurs séquelles, pathologies chroniques, troubles apparus ou accentués au fil de l’âge…

Dans ce contexte, on observe une montée en puissance de la problématique de la vulnérabilité dans le monde du travail. Elle se signale par la fréquence du recours à ce terme comme à ses opposés, résistance, résilience.

L’origine du terme est médicale : un être vulnérable est une personne qui, du fait d’une constitution fragile, est susceptible d’être blessée. Par extension, dérivé de ce sens organique (comme la métaphore de la fracture sociale), « les vulnérables » sont ceux qui sont à la limite de l’inadaptation sociale, ceux qui sont susceptibles de glisser dans un processus de perte d’appartenance et de ressources. La vulnérabilité désigne alors une zone intermédiaire entre l’intégration et la désaffiliation.

La vulnérabilité est aujourd’hui essentiellement associée à des attributs dévalorisants. Le plus souvent entendue comme un état de moindre résistance aux nuisances et agressions, et ce du fait de manque, défaut, insuffisance. La vulnérabilité est devenue un critère distinctif - on est « vulnérable » ou on est « résilient » - et un principe explicatif - parce que « vulnérable », on est exposé à l’accident, aux troubles musculo-squelettiques (TMS), aux troubles psychos